À Guérin-Kouka, localité de la commune de Dankpen 1 dans la région de la Kara, la lutte contre la Défécation à l’Air Libre (DAL) prend une nouvelle dimension. Longtemps confrontée aux conséquences sanitaires et sociales de la DAL, la communauté amorce aujourd’hui un changement durable de comportements, grâce à une approche combinant mobilisation communautaire et l’accès facilité au financement des latrines familiales.
Le processus dit du déclenchement fait ses preuves
Il s’agit d’un processus qui débute par des séances réunissant les habitants autour d’une cartographie participative du village. Chaque concession et les zones de DAL y sont représentées. Un repas symbolique est ensuite placé à proximité des zones souillées pour démontrer le rôle des mouches dans la transmission des germes favorisant la propagation de maladies telles que la diarrhée, la typhoïde et les infections parasitaires, particulièrement fréquentes en saison des pluies. A la fin, les ménages refusent de consommer le repas.
Cette expérience a le mérite de provoquer une prise de conscience collective sur l’urgence de mettre fin à la DAL et de construire des latrines. En 2023, sur 250 ménages recensés, 249 ont été déclenchés, prenant pleinement conscience des risques sanitaires associés à cette pratique. Mais, cet effort a reçu un coup.
La fragilité des matériaux utilisés n’a pas permis aux efforts de durer. Les fortes intempéries ont fini par les emporter ramenant tout à la situation d’avant. Depuis lors, le Gouvernement avec ses partenaires dont l’UNICEF, ont opté pour l’approche de crédit latrine.
A Dankpen, un fond initial de 15 millions de francs CFA, est logé dans une microfinance. Chaque ménage peut souscrire à un prêt à partir de 83 000 FCFA et 150 000 FCFA parfois selon le choix du latrine souhaité, remboursable en 12 mensualités de 7 500 FCFA, à un taux social de 6 %. Des ONGs sont alors recrutées pour assurer le suivi technique, tandis que les Comités d’Assainissement Communaux (CAC) veillent au suivi et à la sensibilisation continue.
Le dispositif cible initialement 150 ménages. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale Togo SANDAL – Togo Sans Défécation à l’Air Libre et repose sur l’Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC). Le programme s’étend prioritairement dans les régions des Savanes, de la Kara et des Plateaux.
« Avant, de nombreuses concessions ne disposaient pas de latrines. Les enfants déféquaient partout et, en saison des pluies, les maladies diarrhéiques étaient fréquentes. Aujourd’hui, la situation s’améliore progressivement », a déclaré Ibriga Issifou, chef de quartier et chef de la communauté Mossi à Dankpen 1.
« Mes enfants ne défèquent plus à l’air libre. Les mouches ont disparu et je peux désormais préparer les amuse-gueules dans de meilleures conditions, protégeant ainsi la santé de ma famille et de mes clients », a indiqué Gougoule N’moanko, responsable d’un atelier de couture et bénéficiaire du programme.
Malgré les progrès, le remboursement des crédits reste un défi, certains ménages percevant encore le dispositif comme un don. Néanmoins, l’expérience de Guérin-Kouka démontre qu’assainissement durable, mobilisation communautaire et financement accessible peuvent transformer la vie quotidienne, améliorer la santé publique et renforcer la dignité des populations, en particulier celle des enfants.
Cette initiative démontre que la Fin de la Défécation à l’Air Libre (FDAL) n’est pas un objectif inaccessible, mais une réalité atteignable lorsque la sensibilisation, le financement et l’engagement communautaire convergent pour garantir un avenir plus sain et plus digne.
Nicole MLAGA




