L’Alliance Nationale pour le Changement fête ses 16 ans de création. Dans un discours offensif prononcé samedi 10 octobre 2026, à Lomé, devant les militants et sympathisants du parti, à l’occasion de cet anniversaire, Jean-Pierre Fabre, le président national de l’ANC a dénoncé la réforme constitutionnelle de 2024 et appelé à « mettre un terme à la dérive » du pouvoir de Faure Gnassingbé.
L’Alliance Nationale pour le Changement célèbre « seize années de combat, d’épreuves, de résistance et de fidélité aux convictions », sans rien concéder à l’autosatisfaction.
« Nous sommes toujours là »
Devant les responsables centraux et fédéraux, les membres de la Délégation Nationale des Dames (DNC) et de la Délégation Nationale de la Jeunesse (JNC), ainsi que les sympathisants du parti, Jean-Pierre Fabre a d’abord rendu hommage à la base militante. « Si l’ANC existe encore aujourd’hui, ce n’est pas simplement parce qu’elle dispose de textes, de bureaux ou d’un siège. Un parti politique vit d’abord par ses militants. Vous êtes la flamme de notre bougie qui ne s’éteint jamais », a-t-il déclaré, saluant tour à tour les fidèles des premières heures, ceux qui ont rejoint le navire en cours de route, les femmes et la jeunesse, « gardiens de l’identité » et « âme de l’Ablodé ».
Le président national a également eu une pensée pour « celles et ceux qui ne sont plus parmi nous », rappelant que leur souvenir « restera attaché à cette longue marche pour la démocratie et la dignité du peuple togolais ».
Un environnement politique toujours hostile
Revenant sur le parcours du parti, Jean-Pierre Fabre a dressé un constat sans concession : depuis sa création, l’ANC évolue « dans un environnement politique hostile et marqué par de profondes tensions ». Entraves, harcèlements, menaces et violences visant dirigeants, militants et sympathisants « se poursuivent jusqu’à ce jour ». Les manifestations pacifiques, marches et meetings destinés à défendre les libertés publiques ou à dénoncer la vie chère et la mauvaise gouvernance « demeurent encadrés par des lois scélérates et sont abusivement réprimés ».
Malgré les divisions qui ont traversé l’opposition togolaise et les tentatives de déstabilisation, le parti revendique sa constance. « L’ANC n’a jamais viré de bord. L’ANC n’a jamais renoncé à son identité politique ni à ses principes fondamentaux ni à ses objectifs statutaires : l’alternance et le changement démocratiques auxquels aspire le peuple togolais », a-t-il martelé.
La réforme de 2024 dans le viseur
Le discours prend une dimension particulièrement offensive lorsqu’il aborde la réforme constitutionnelle de 2024. Celle-ci, selon le président de l’ANC, « a transformé l’architecture institutionnelle du pays en liquidant le régime de 1992 pour un système dit parlementaire et en créant la fonction de Président du Conseil exercée par Faure Gnassingbé ». Jean-Pierre Fabre rappelle que cette réforme, portée devant la Cour de justice de la CEDEAO, a fait l’objet d’une décision rendue publique en juin 2026, estimant que le changement constitutionnel intervenu au Togo « viole certains principes démocratiques de la Communauté et constitue un “changement anticonstitutionnel de gouvernement” ».
Pour le leader de l’ANC, cette réforme ne fait que confirmer une réalité connue depuis février 2005. Il accuse Faure Gnassingbé d’avoir « tenté de s’imposer à la tête de l’État par un coup d’État » à la mort de son père, et dénonce un parcours politique « jalonné de coups de force, de violations de la Constitution et de remises en cause répétées de la volonté populaire ». « Faure Gnassingbé ne croit ni à l’État de droit, ni à la démocratie, ni à la souveraineté du peuple. Il ne croit qu’à la violence et à la force, qu’au mensonge, à la ruse et à la tricherie », a-t-il asséné, qualifiant sa présence à la tête du pays de « grave danger pour l’avenir du Togo, pour la démocratie et pour la cohésion nationale ».
Appel à la mobilisation nationale
Face à cette situation, Jean-Pierre Fabre a lancé un « appel solennel à la mobilisation nationale contre la forfaiture que constitue le changement anticonstitutionnel de mai 2024 ». Il invite chaque militant, « dans sa fédération, sa section ou sa sous-section ; chacun dans sa commune, son village ou son quartier », à contribuer à faire grandir cette mobilisation. L’ANC entend prendre toute sa place dans cette dynamique, notamment au sein du Cadre National de Concertation pour le Changement (CNCC), afin de « faire échec à cette forfaiture et de rendre au peuple togolais la plénitude de sa souveraineté ».
Quatre leçons pour l’avenir
Tirant le bilan de seize années d’existence, le président national a formulé quatre enseignements : un engagement politique sérieux exige de la constance ; une organisation politique ne dure que si elle repose sur des militants engagés et des structures vivantes ; les divergences au sein de l’opposition ne doivent jamais faire perdre de vue les enjeux institutionnels ; et la démocratie ne peut être réduite à la seule organisation périodique d’élections. Elle suppose « des institutions crédibles, des libertés publiques effectives, une justice indépendante, une administration impartiale et la possibilité réelle pour les citoyens d’exercer leurs droits politiques et civiques » — autant de valeurs que, selon lui, « le système RPT/UNIR est dans la totale incapacité d’offrir au peuple togolais ».
Jeunesse, femmes et diaspora au cœur des priorités
Tourné vers l’avenir, Jean-Pierre Fabre a fixé plusieurs priorités : renforcer l’implantation nationale et internationale du parti, faire des structures de base des lieux de réflexion et d’organisation, promouvoir l’adhésion de la jeunesse et des femmes, renouveler l’encadrement en leur faveur, et rétablir des relations structurées avec la diaspora. « Aucune génération ne peut prétendre accomplir seule l’histoire de tout un peuple. Nous avons reçu un héritage, celui de la lutte des Pères de l’indépendance et fondateurs de la nation togolaise. Et nous devons le transmettre aux générations futures », a-t-il insisté, appelant la jeunesse togolaise à s’informer, réfléchir et participer à la vie publique par des moyens pacifiques et démocratiques.
« La politique n’a de sens que lorsqu’elle améliore concrètement la vie des citoyens »
S’adressant à l’ensemble de ses compatriotes, au Togo comme à l’étranger, le président de l’ANC a réaffirmé que son parti n’a « d’autres ambitions que le bien-être de la nation togolaise tout entière » et lutte pour l’instauration d’un État de droit respectueux des droits et libertés. Il a exprimé sa gratitude pour les soutiens comme pour les critiques, assurant que l’ANC reste attentive aux préoccupations quotidiennes des Togolais : coût de la vie, emploi, éducation, santé, justice, sécurité, libertés publiques, impunité, arbitraire, corruption, ainsi que le sort des prisonniers politiques et des exilés.
« La politique n’a de sens que lorsqu’elle améliore concrètement la vie des citoyens et lorsqu’elle permet à chacun de vivre dans la dignité. La tâche est encore lourde et longue, l’histoire continue donc et la lutte aussi », a-t-il conclu.
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