Trois ans après son lancement, le Projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain au Togo (PASH-MUT) est officiellement interrompu avant son terme. En cause : une faible exécution, des irrégularités dans certains marchés publics et des blocages administratifs. Les autorités et la Banque mondiale misent désormais sur une nouvelle stratégie pour relancer les investissements dans le secteur de l’eau.
Le Projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain au Togo (PASH-MUT), doté d’un financement de 100 millions de dollars de la Banque mondiale, ne sera finalement pas mené à son terme. Lancé en mars 2023 pour une durée de six ans, ce vaste programme destiné à renforcer l’accès à l’eau potable dans le Grand Lomé fait l’objet d’une clôture anticipée, à la suite de difficultés ayant fortement compromis son exécution.
Le projet visait notamment à étendre et réhabiliter près de 200 kilomètres de réseau de distribution d’eau, construire un château d’eau à Cacavelli, développer plusieurs systèmes autonomes d’alimentation en eau potable dans les zones périphériques, renforcer les infrastructures d’assainissement et améliorer les performances de la Société Togolaise des Eaux (TdE), en réduisant les pertes d’eau sur le réseau.
Mais la mise en œuvre s’est rapidement heurtée à plusieurs obstacles. Selon une note de cadrage consultée, des procédures de passation de marchés ont été remises en question après des vérifications techniques et administratives. Le marché portant sur la réduction de l’eau non facturée de la TdE a notamment été annulé après la détection d’une offre financière jugée anormalement basse, susceptible d’affecter la qualité des prestations. Des insuffisances relatives aux références techniques et à la situation administrative d’un membre du groupement retenu auraient également été relevées.
Le projet a également connu des retards dans l’attribution du marché des forages stratégiques. Une dénonciation examinée par l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) a conduit à des investigations sur les capacités techniques d’un opérateur impliqué dans le dossier, retardant davantage le calendrier d’exécution.
À ces difficultés se sont ajoutées des tensions au sein de la gouvernance du projet. Les contrats de l’équipe de l’Unité de gestion du projet (UGP), arrivés à échéance le 31 décembre 2025, n’ont pas été renouvelés, entraînant une réorganisation de la structure chargée du pilotage du programme.
Conséquence directe de ces multiples blocages, le niveau d’exécution est resté très faible. Après près de trois années de mise en œuvre, le taux de décaissement n’atteignait qu’environ 9 %, un niveau jugé insuffisant pour permettre l’atteinte des objectifs fixés.
Face à cette situation, la Banque mondiale et les autorités togolaises ont convenu d’interrompre par anticipation le financement du PASH-MUT. Cette décision vise à éviter la poursuite d’un emprunt dont les résultats demeurent largement en deçà des attentes.
Pour autant, cette clôture ne marque pas l’abandon des ambitions du gouvernement en matière d’accès à l’eau potable. Les autorités préparent désormais un « Pacte pour l’eau », destiné à redéfinir les priorités d’investissement, accélérer les projets structurants et inscrire le Togo dans l’initiative mondiale « Water Forward » portée par la Banque mondiale.
Au-delà de l’arrêt du PASH-MUT, le défi reste entier : répondre aux besoins croissants en eau potable d’une population urbaine en forte expansion tout en améliorant la gouvernance des projets et l’efficacité de l’utilisation des financements publics et des partenaires techniques et financiers.
@Gapola
E-Mail: thierryaffanoukoe@gmail.com
Tél : (00228) 92 42 51 78/71 76 79 53. Pour vos reportages, annonces et publicité, contacter le service commercial de votre site Gapola






