Depuis son élection le 24 novembre 2024 à la tête de la Fédération Togolaise de Taekwondo (FTTKD), Henoc Boyodi avait suscité un véritable espoir au sein de la communauté du taekwondo. Beaucoup voyaient en lui l’homme du renouveau, capable d’instaurer une gouvernance plus rigoureuse, transparente et conforme aux textes. Quelques mois plus tard, le constat est tout autre. Sa gestion fait aujourd’hui l’objet de critiques persistantes et de dénonciations de plus en plus précises.
Une gouvernance en rupture avec les textes fondamentaux
Au cœur de la crise figure le non-respect répété des statuts et règlements de la fédération. Plusieurs décisions engageant l’avenir de la discipline auraient été prises en dehors de tout cadre collégial. Or, selon les dispositions statutaires, notamment l’article 21, le Bureau Exécutif est l’organe compétent pour statuer en premier ressort sur les questions disciplinaires. Les procès-verbaux issus de ses délibérations doivent être signés par le président et le secrétaire général, garantissant ainsi la traçabilité et la légalité des décisions. Dans la pratique, ces exigences fondamentales ne seraient plus respectées, ce qui fragilise profondément l’architecture institutionnelle de la fédération.
Des décisions controversées qui fragilisent l’équilibre institutionnel
Cette dérive s’illustre particulièrement à travers la suspension du secrétaire général, Elom Vossah, et la destitution du directeur Technique national adjoint chargé de la diaspora, Dodji Febon. Selon plusieurs sources concordantes, ces décisions auraient été prises sans procédure disciplinaire conforme, sans consultation préalable du Bureau Exécutif et en dehors des mécanismes prévus par les textes. Une telle manière d’agir est perçue comme une violation directe des règles de gouvernance interne.
Plus préoccupant encore, la désignation du secrétaire général adjoint serait intervenue sans appel à candidature, en contradiction avec les dispositions réglementaires qui exigent que tout membre du Bureau Exécutif soit proposé par un club affilié et en règle vis-à-vis de la fédération. Cette absence de transparence renforce les accusations d’une gestion centralisée et personnalisée du pouvoir par le président.
Soupçons financiers et tensions internes, une fédération sous pression
Au-delà des questions procédurales, le style de gouvernance de Henoc Boyodi est de plus en plus contesté. Plusieurs acteurs dénoncent une concentration excessive des décisions, un manque de dialogue et une marginalisation progressive des autres membres du Bureau Exécutif. Ce climat délétère installe une défiance durable entre les dirigeants et les acteurs de terrain, affaiblissant la dynamique collective indispensable au développement du taekwondo.
Des soupçons liés à la gestion financière viennent encore aggraver la situation. Des accusations de détournement d’une bourse destinée à une athlète par le président Boyodi circulent avec insistance. Bien que ces allégations n’aient pas encore fait l’objet de confirmations officielles, elles contribuent à ternir l’image de la gouvernance actuelle et à alimenter les inquiétudes.
Par ailleurs, certaines voix accusent le président Boyodi d’avoir entravé des initiatives de soutien émanant d’organisations internationales, notamment son refus de signer l’accord pour l’organisation d’une compétition de la fédération internationale sous prétexte que les conditions sécuritaires ne sont pas réunies au Togo. Là encore, ces accusations, si elles venaient à être établies, pourraient compromettre les opportunités de développement et d’ouverture du taekwondo togolais sur la scène internationale.
Face à cette accumulation de dysfonctionnements, de nombreux observateurs appellent à un retour strict au respect des textes, à la restauration du rôle du Bureau Exécutif et à l’instauration d’une gouvernance plus transparente et inclusive. La Fédération Togolaise de Taekwondo, autrefois perçue comme un modèle d’organisation sportive, traverse aujourd’hui une zone de turbulences qui met en péril son équilibre institutionnel.
Dans ce contexte, la responsabilité de Henoc Boyodi apparaît plus que jamais engagée. La capacité de la fédération à sortir de cette crise dépendra de sa volonté à se conformer aux règles qu’elle s’est elle-même fixées et à restaurer la confiance avec l’ensemble des acteurs de la discipline.
@Gapola



