La montée en puissance des actifs virtuels et les risques qu’ils peuvent représenter pour l’intégrité des systèmes financiers préoccupent de plus en plus les autorités ouest-africaines. À Lomé, un atelier régional consacré à la mise en œuvre de la Recommandation 15 du Groupe d’action financière (GAFI) réunit des représentants des onze États membres du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), ainsi que des acteurs publics, privés et des partenaires internationaux.
Organisée avec l’appui de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), cette rencontre de trois jours porte notamment sur la réglementation, la supervision et les enquêtes relatives aux actifs virtuels et aux prestataires de services d’actifs virtuels (PSAV).
À l’ouverture des travaux, Attisso Kodzo, représentant de l’ONUDC, a souligné l’importance de cette rencontre dans un contexte de transformation numérique accélérée en Afrique de l’Ouest. Selon lui, les actifs virtuels et les technologies fondées sur la blockchain offrent des opportunités en matière d’inclusion financière, de paiements transfrontaliers et d’innovation, mais peuvent également être exploités à des fins de blanchiment de capitaux, de fraude, de cybercriminalité ou de financement du terrorisme.
L’ONUDC entend ainsi accompagner les États dans le renforcement de leurs capacités institutionnelles, techniques et opérationnelles. Cet accompagnement concerne notamment les enquêtes sur la blockchain, le traçage des transactions en cryptomonnaies, l’identification des avoirs criminels numériques, ainsi que les procédures de saisie et de confiscation des actifs virtuels.
La Recommandation 15 au cœur des échanges
La Recommandation 15 du GAFI constitue le principal cadre international destiné à encadrer les risques liés aux actifs virtuels et aux PSAV. Elle demande notamment aux États d’identifier et d’évaluer les risques, de mettre en place des mécanismes d’enregistrement ou d’agrément des prestataires, d’assurer leur supervision et d’appliquer les mesures de prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme.
La mise en œuvre de la « règle de voyage », qui vise notamment à renforcer la transparence des transferts d’actifs virtuels, figure également parmi les sujets examinés au cours de l’atelier.
Pour l’ONUDC, l’enjeu dépasse toutefois le seul cadre national. « Aucun pays ne peut, à lui seul, superviser un actif sans frontières », a rappelé Attisso Kodzo, insistant sur la nécessité d’une coopération régionale renforcée.
Le Togo met en avant son cadre juridique
Prenant la parole au nom du ministre des Finances et du Budget, le président de la CENTIF-Togo, Tchaa Bignossi Aquiteme, a estimé que les actifs virtuels font désormais partie intégrante de l’environnement financier et qu’il appartient aux États de trouver un équilibre entre innovation et maîtrise des risques.
Il a rappelé que les activités liées aux actifs virtuels et les prestataires de services d’actifs virtuels sont pris en compte dans la Directive 2023 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération (LBC/FT/FP) de l’UEMOA. Cette directive a été transposée dans le corpus juridique togolais à travers la loi n°2026-001, entrée en vigueur le 3 mars 2026.
Pour le président de la CENTIF-Togo, la priorité consiste désormais à assurer une application effective de ces dispositions, notamment en matière d’identification des opérations suspectes, d’analyse des transactions sur blockchain et de production de renseignement financier exploitable.
Les services de détection et de répression et les autorités judiciaires sont également appelés à renforcer leurs capacités afin de tracer les actifs, identifier leurs bénéficiaires, recueillir les preuves numériques et procéder, lorsque les conditions sont réunies, à la saisie et à la confiscation des avoirs d’origine criminelle.
Vers une réponse régionale coordonnée
L’atelier de Lomé réunit des représentants des cellules de renseignement financier, des banques centrales, des autorités de régulation et de supervision, des services de détection et de répression, des autorités judiciaires, mais également des PSAV et des entreprises FinTech.
Cette diversité d’acteurs doit favoriser le partage d’expériences et l’identification de réponses communes face à des transactions qui peuvent traverser plusieurs juridictions en quelques instants.
Les travaux portent ainsi sur les exigences de la Recommandation 15, les conclusions des évaluations mutuelles du GIABA, les mécanismes de réglementation et de supervision des PSAV, la règle de voyage, les investigations blockchain et l’exploitation du renseignement financier.
Pour les organisateurs, l’objectif est également de faire émerger des priorités d’action en matière de réglementation, de supervision, d’enquête et de renforcement des capacités.
Au terme des trois jours d’échanges, les participants sont appelés à formuler des recommandations opérationnelles et à identifier des actions prioritaires adaptées aux réalités des pays de la région.
À travers cette rencontre, le Togo et ses partenaires entendent ainsi contribuer à l’émergence d’un environnement financier numérique davantage sécurisé, transparent et résilient, tout en permettant aux innovations liées aux actifs virtuels de se développer dans un cadre mieux maîtrisé.
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