À Lomé, comme dans les autres régions du pays, la planification familiale progresse, mais une part importante des femmes continue de ne pas avoir accès aux méthodes contraceptives qu’elles souhaitent. Les dernières données disponibles montrent une hausse régulière de l’utilisation de la contraception moderne, mais aussi la persistance de besoins non satisfaits, notamment chez les adolescentes.
Au Togo, la planification familiale occupe une place croissante dans les politiques de santé publique. Le pays cherche à améliorer l’accès des femmes et des jeunes aux méthodes contraceptives, tout en renforçant l’approvisionnement des formations sanitaires. Mais derrière les progrès enregistrés ces dernières années, les chiffres montrent que les besoins restent importants.
Selon les données du FP2030, environ 560 000 femmes utilisaient une méthode contraceptive moderne en 2024. Le taux de prévalence contraceptive moderne pour l’ensemble des femmes est ainsi estimé à 24,9 % en 2024, contre 15,6 % en 2012. Autrement dit, en un peu plus d’une décennie, la proportion estimée de femmes utilisant une méthode moderne a progressé de plus de neuf points.
Cette évolution traduit une progression régulière, mais elle ne signifie pas que la demande est entièrement couverte. Les estimations du FP2030 montrent en effet qu’une partie des femmes qui souhaitent éviter ou retarder une grossesse n’utilisent toujours pas de méthode contraceptive moderne. Les indicateurs de besoins non satisfaits restent donc un enjeu central de la politique de planification familiale.
Une progression qui s’inscrit dans le temps
Les données historiques permettent de mesurer le chemin parcouru. L’Enquête démographique et de santé du Togo réalisée en 2013-2014 indiquait que 17 % des femmes en union utilisaient une méthode contraceptive moderne, tandis que 34 % avaient des besoins non satisfaits en matière de planification familiale.
À cette époque, les besoins étaient particulièrement importants chez les jeunes femmes. L’EDS 2013-2014 relevait un niveau de besoins non satisfaits de 42 % chez les 15-19 ans et de 40 % chez les 20-24 ans. L’enquête estimait par ailleurs que si toutes les femmes en union ayant un besoin non satisfait pouvaient effectivement accéder à la contraception, la demande potentielle totale atteindrait 54 %.
Depuis, l’utilisation des méthodes modernes a progressé. Les estimations FP2030 donnent un taux de prévalence moderne de 23,7 % en 2022, 24,3 % en 2023 et 24,9 % en 2024 pour l’ensemble des femmes de 15 à 49 ans. Le nombre d’utilisatrices est, lui, passé d’environ 500 000 en 2022 à 530 000 en 2023, puis 560 000 en 2024
La question de l’accès des adolescentes et des jeunes demeure particulièrement sensible. Selon le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) au Togo, les besoins non satisfaits en planification familiale atteignaient 48,8 % chez les adolescentes en 2022, contre 32,2 % pour l’ensemble de la population selon l’indicateur cité par l’agence.
Ces chiffres mettent en évidence un décalage entre l’existence des services et la capacité de certaines jeunes filles à y accéder effectivement. L’éloignement des formations sanitaires, le coût des services ou des produits, le manque d’information, mais aussi les barrières sociales et la crainte de la stigmatisation peuvent constituer des obstacles.
L’UNFPA souligne plus largement que les difficultés d’accès à la contraception peuvent être liées à des facteurs logistiques, notamment les ruptures de produits, mais également à des obstacles sociaux comme l’opposition du partenaire ou de la famille et le manque d’informations fiables.
Des disparités entre les régions
Les statistiques nationales montrent également que l’offre de planification familiale doit être appréciée au niveau des régions.
Au premier trimestre 2024, les services sanitaires ont enregistré 69 833 nouveaux utilisateurs de méthodes de planification familiale au niveau national. Les Plateaux comptaient 15 147 nouveaux utilisateurs, devant le Grand Lomé avec 13 496, les Savanes avec 12 534, la Kara avec 11 418, la Maritime avec 9 123 et la région Centrale avec 8 115.
Le même bulletin du ministère de la Santé fait état de 92 096,7 couples-années de protection (CAP) au cours du premier trimestre 2024. Cet indicateur permet d’estimer la quantité de protection contraceptive fournie par les services de santé sur une période donnée. Les Plateaux représentaient environ 29 769 CAP, contre 9 121,5 dans les Savanes.
Ces données administratives doivent toutefois être distinguées des estimations issues des enquêtes et des modèles démographiques : elles ne mesurent pas exactement la même chose et ne permettent donc pas, à elles seules, de comparer directement les régions en matière de prévalence contraceptive.
La disponibilité des produits, un autre défi
L’accès à la contraception dépend aussi de la disponibilité effective des produits dans les centres de santé.
L’annuaire statistique 2023 du ministère de la Santé montre que les formations sanitaires et agents communautaires ont distribué cette année-là plus de 406 000 préservatifs masculins, près de 48 000 plaquettes de contraceptifs oraux de différentes marques et plus de 10 600 dispositifs intra-utérins.
Le Togo travaille également avec ses partenaires pour renforcer la sécurité contraceptive. En 2023 et 2024, l’UNFPA indique avoir contribué à hauteur de plus d’un milliard de francs CFA à l’approvisionnement du pays en produits de santé reproductive et de planification familiale. En 2025, l’agence a notamment annoncé la livraison de 172 000 unités de Sayana Press, un contraceptif injectable, ainsi que de 6 300 tablettes de Revok.
L’enjeu est de garantir que les femmes qui choisissent une méthode puissent effectivement la trouver au moment où elles en ont besoin.
Le gouvernement togolais s’est fixé de nouveaux objectifs dans le cadre de ses engagements auprès du FP2030. Selon l’UNFPA, le pays vise notamment une hausse de la prévalence contraceptive moderne chez les femmes en union, de 26,3 % en 2022 à 32 % en 2026. Pour l’ensemble des femmes, l’objectif annoncé est de passer de 23,2 % en 2022 à 29,5 % en 2026. Le pays vise également une réduction des besoins non satisfaits.
La planification familiale ne se résume donc pas à la distribution de contraceptifs. Elle touche à la santé maternelle, à l’autonomie des femmes, à la prévention des grossesses non désirées et à la capacité des couples et des individus à décider librement du nombre et de l’espacement de leurs enfants.
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