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Biologie médicale en Afrique de l’Ouest : l’ABM-Togo porte l’ambition d’une fédération unie face aux défis sanitaires

Rédigé par : Gapola

Réunis à Lomé du 15 au 19 septembre 2026, les biologistes médicaux de 16 pays ouest-africains travaillent à la mise en place d’un cadre régional de coopération destiné à harmoniser les pratiques, renforcer les compétences et améliorer la réponse aux menaces sanitaires.

Lomé accueille une rencontre majeure pour l’avenir de la biologie médicale en Afrique de l’Ouest. Du 15 au 19 septembre 2026, les professionnels du secteur se retrouvent dans la capitale togolaise à l’occasion du premier Congrès statutaire et constitutif de la Fédération ouest-africaine des associations de biologistes médicaux (FOA-ABM), également désignée FWAMLSA, et du deuxième congrès statutaire de l’Association des biologistes médicaux du Togo (ABM-Togo).

Organisée par l’ABM-Togo et la fédération régionale, cette rencontre réunit les associations nationales de biologie médicale des 16 pays de l’Afrique de l’Ouest, autour du thème : « Biologistes médicaux et santé publique en Afrique de l’Ouest : enjeux, défis et perspectives ».

Deux axes majeurs structurent les échanges : l’approche « One Health » en Afrique de l’Ouest, ainsi que le management de la qualité et le biobanking, considérés comme des leviers essentiels pour une biologie médicale au service de la santé publique.

Une fédération pour dépasser les frontières

La création de la FOA-ABM répond à une volonté de doter les biologistes médicaux ouest-africains d’un cadre commun de collaboration. L’objectif est de mutualiser les compétences, partager les expériences, harmoniser les pratiques et favoriser la convergence des formations professionnelles.

Dans une région confrontée à des menaces sanitaires qui dépassent les frontières nationales, les organisateurs souhaitent renforcer la capacité des professionnels à agir collectivement, notamment dans la prévention et la lutte contre les épidémies.

Cette dynamique s’inscrit dans les recommandations de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), notamment en matière d’harmonisation des curricula de formation et d’organisation des professions de santé à l’échelle régionale.

Pour un membre togolais du comité scientifique, l’enjeu consiste également à établir un cadre institutionnel commun permettant aux biologistes médicaux de porter une voix collective auprès des autorités.

« Les virus, les épidémies et les autres problèmes de santé publique ne s’arrêtent pas aux frontières », a-t-il rappelé, soulignant la nécessité d’harmoniser les pratiques et les besoins, mais aussi de disposer de mécanismes communs d’« advocacy, de lobbying et d’interpellation » auprès des décideurs.

Kossi Kabo : « Une fédération pour unir, et non pour diviser »

Dans son discours d’ouverture, le président de l’ABM-Togo, Dr Kossi Kabo, a présenté la création de la fédération comme une étape fondatrice pour la profession.

Il a insisté sur le rôle central de la biologie médicale dans les systèmes de santé. Selon lui, cette discipline intervient dans le diagnostic, la détection des épidémies, l’orientation thérapeutique, la surveillance épidémiologique, la sécurité sanitaire, ainsi que la recherche et l’innovation.

Le président de l’ABM-Togo a également évoqué les défis auxquels sont confrontés les professionnels, notamment les maladies infectieuses émergentes et réémergentes, la résistance aux antimicrobiens, les maladies non transmissibles, les cancers, les pandémies et les conséquences des changements climatiques.

À ces enjeux s’ajoutent les difficultés liées à l’accès aux ressources, aux équipements, à leur maintenance, à la formation, aux systèmes de management de la qualité et à la biosécurité.

Face à ces défis, Dr Kossi Kabo a résumé la vision de la nouvelle organisation par une formule forte : « Une fédération pour unir, et non pour diviser ».

Il a ainsi appelé à dépasser les frontières professionnelles et nationales, qui ne doivent pas constituer des limites à la coopération scientifique.

Au Togo, l’enjeu de la structuration professionnelle

Au-delà de la coopération scientifique, les travaux mettent en lumière la nécessité de mieux structurer et réguler les professions de laboratoire.

Au Togo, cette question est notamment liée au projet de création d’un ordre des biologistes médicaux. Si cette initiative n’a pas encore abouti, l’ABM-Togo poursuit ses discussions avec les autorités sanitaires en vue de sa mise en place.

L’association envisage également l’élaboration d’un cahier des charges destiné à clarifier les prérogatives des différents grades de biologistes médicaux et à mieux définir les actes et responsabilités de chacun.

Cette clarification apparaît d’autant plus nécessaire que la profession évolue et intègre de nouvelles spécialisations, notamment dans les domaines de la qualité, de la biosécurité et de la bio-informatique.

Pour les professionnels, la mise en place d’un cadre de régulation permettrait de mieux prendre en compte ces différentes compétences et de renforcer l’organisation du secteur.

Des défis communs aux professionnels de laboratoire

Les préoccupations liées à la structuration professionnelle sont également partagées par les participants venus d’autres pays de la sous-région.

Moustapha Garba Adieu, représentant de l’Association nigérienne des techniciens et professionnels de laboratoire, estime que l’organisation de la profession doit permettre de mieux identifier les acteurs, de centraliser les difficultés rencontrées dans les laboratoires et de disposer d’un interlocuteur professionnel auprès des autorités.

Selon lui, une organisation régionale offrirait aux différents pays l’occasion de confronter leurs expériences et de rechercher des réponses communes aux difficultés rencontrées dans les laboratoires, notamment lors des pandémies et des épisodes d’infections virales.

De son côté, Mbufu Adama, technologue biomédical et président de l’Association des technologues biomédicaux du Burkina Faso, relève la visibilité encore insuffisante des professionnels de laboratoire dans la chaîne de soins.

Il évoque les difficultés liées au manque d’équipements, à leur maintenance et à la standardisation des pratiques, tout en soulignant l’importance d’un cadre de régulation adapté.

« Pour cela, nous avons les mêmes problèmes. Pourquoi ne pas s’unir pour trouver une solution commune ? Voilà l’objectif de notre fédération », a-t-il déclaré.

Il a également résumé sa vision de la coopération par une formule évocatrice : « Quand vous allez seul, vous allez très vite. Mais quand vous allez ensemble, vous allez très loin ».

Le ministère de la Santé salue l’initiative

Représentant le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Dalkoi Lambone, directeur par intérim de la pharmacie, du médicament et des laboratoires, a salué le choix du Togo pour accueillir ces deux congrès.

Il a estimé que le thème retenu traduit la volonté de placer les biologistes médicaux au cœur des priorités de santé publique, notamment en matière de diagnostic, de surveillance et de régulation.

Selon lui, la biologie médicale joue un rôle essentiel dans la prévention, le diagnostic et le suivi thérapeutique des maladies. Elle constitue également un élément important de la couverture sanitaire universelle et de la lutte contre les maladies transmissibles et non transmissibles.

Le représentant du ministère a souligné que le congrès doit permettre de partager les expériences et les bonnes pratiques, de renforcer les compétences grâce à la formation continue et aux nouvelles technologies, mais aussi de consolider la coopération régionale à travers la mise en place de la fédération.

L’approche « One Health », qui prend en compte les interactions entre la santé humaine, la santé animale et l’environnement, figure également parmi les priorités abordées.

Intelligence artificielle, génomique et biologie médicale de demain

Les échanges ne se limitent pas à la structuration de la profession. Ils portent également sur les transformations technologiques qui redessinent l’avenir de la biologie médicale.

À travers des conférences-débats, des panels et des tables rondes, les participants abordent plusieurs thématiques, notamment les maladies infectieuses et non transmissibles, la médecine de précision, les systèmes de management des laboratoires, la gestion des ressources biologiques et des données, l’intelligence artificielle ainsi que l’approche « One Health ».

Pour Dr Kossi Kabo, le laboratoire de demain sera davantage connecté, automatisé et numérique. Il devra intégrer des outils tels que l’intelligence artificielle, la génomique, la bio-informatique et les nouvelles technologies diagnostiques.

Cette modernisation, a-t-il toutefois souligné, doit s’accompagner du respect des fondamentaux de la profession : la compétence, l’éthique, la rigueur, la responsabilité et la qualité.

Le président de l’ABM-Togo a par ailleurs appelé les jeunes biologistes et les chercheurs à s’investir davantage dans la recherche et l’innovation, afin de participer activement à la transformation du secteur.

De la coopération aux actions concrètes

À travers ces assises, les organisateurs souhaitent transformer les échanges scientifiques et professionnels en initiatives concrètes.

Dr Kossi Kabo a invité les participants à faire de chaque session une occasion de faire émerger une idée, de chaque rencontre une opportunité et de chaque discussion le point de départ d’une collaboration.

L’ambition affichée est de faire de la FOA-ABM un véritable réseau de coopération entre associations, laboratoires, universités, chercheurs et professionnels de la sous-région.

Il s’agit notamment de renforcer les compétences, de favoriser la coopération scientifique, d’harmoniser les pratiques et de contribuer plus efficacement à la surveillance et à la réponse aux menaces sanitaires.

À Lomé, les biologistes médicaux ouest-africains posent ainsi les bases d’une organisation régionale destinée à renforcer la place de la biologie médicale dans les politiques de santé publique. Un projet qui repose sur une conviction partagée : face aux défis sanitaires communs, la coopération régionale constitue un levier pour construire des réponses plus coordonnées et durables.

Nicole MLAGA

@Gapola

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