La vidéo du capitaine Roger Gabriel, diffusée le 1er septembre 2026, par la télévision nationale nigérienne, continue de susciter des interrogations sur les événements survenus dans la nuit du 28 au 29 août à la base aérienne 101 de Niamey. L’officier, commandant de compagnie au 1er bataillon parachutiste, y livre le récit de ses propres déplacements, mais surtout celui d’une série d’appels et de messages qu’il dit avoir reçus pendant la crise.
À ce stade, il est évident de dire que la vidéo est authentique en tant que document audiovisuel diffusé par la télévision nationale, mais l’authenticité du document ne suffit pas à établir la véracité de chacune des accusations qui y sont formulées. Celles-ci doivent être considérées comme des éléments de témoignage dans le cadre d’une enquête plus large.
Un témoignage militaire au cœur de l’enquête
Le capitaine Roger Gabriel affirme avoir été réveillé par les tirs provenant de la base 101 et avoir immédiatement rendu compte à sa hiérarchie. Il explique ensuite avoir reçu l’ordre d’armer ses hommes et de sécuriser son camp, avant de prendre position au niveau du deuxième pont.
Selon son récit, il aurait ensuite été sollicité par plusieurs militaires, dont certains lui demandaient de renforcer les éléments engagés à la base aérienne. L’officier affirme avoir refusé de donner suite à ces demandes après avoir appris qu’il ne s’agissait pas d’une attaque terroriste, mais d’un affrontement entre des militaires et la Garde présidentielle.
C’est surtout la seconde partie de son témoignage qui donne à cette séquence une dimension régionale. Le capitaine dit avoir reçu un appel d’un officier tchadien et rapporte que celui-ci lui a parlé d’une éventuelle intervention préparée depuis le Tchad, avec l’implication alléguée des autorités tchadiennes et de forces spéciales françaises.
Roger Gabriel évoque également des échanges avec des membres de la famille de l’ancien président Mohamed Bazoum, ainsi que des contacts faisant référence au Bénin, à la Côte d’Ivoire, à la France et à la CEDEAO. Ces affirmations sont graves. Elles appellent donc moins à un verdict immédiat qu’à une vérification méthodique des communications, des identités des interlocuteurs et de la chronologie des faits.
Des accusations qui doivent désormais être confrontées aux faits
Le récit du capitaine Gabriel ne constitue pas, à lui seul, la démonstration d’une opération régionale ou internationale. Mais il constitue un témoignage direct qui, s’il est corroboré par les relevés téléphoniques, les messages, les enregistrements et les témoignages d’autres acteurs, pourrait contribuer à éclairer les circonstances de la crise.
La question centrale est donc désormais celle de la corroboration. Qui a appelé le capitaine ? À quelle heure ? Depuis quels numéros ? Les conversations évoquées ont-elles laissé des traces vérifiables ? Les personnes citées confirment-elles avoir échangé avec lui ? Les déplacements de responsables régionaux correspondent-ils à la chronologie décrite ? Et surtout, les éventuels projets d’intervention évoqués dans ces communications ont-ils dépassé le stade des discussions pour devenir une opération concrète ? Ce sont ces questions qui permettront de passer du témoignage à l’établissement des faits.
Dans ce contexte, les accusations visant certains responsables de la région et la France ne peuvent être considérées comme définitivement établies. Mais elles ne peuvent pas non plus être évacuées simplement parce qu’elles sont politiquement sensibles. Elles doivent être documentées, confrontées et, le cas échéant, confirmées ou infirmées par des éléments indépendants.
Le contexte militaire donne également du poids à l’analyse des communications reçues par le capitaine. Roger Gabriel se présente comme un commandant de compagnie au sein du 1er bataillon parachutiste. Il explique avoir disposé d’hommes armés et avoir reçu des ordres de sécurisation durant la crise. Son témoignage permet ainsi de comprendre pourquoi différents interlocuteurs auraient pu chercher à connaître sa position et celle de son unité.
Entre vérité judiciaire et fraternité africaine
Au-delà des accusations, cette affaire pose une question diplomatique plus large. Le Niger et ses voisins restent liés par une histoire, des frontières, des populations et des intérêts communs. Dans une région déjà fragilisée par les crises sécuritaires et politiques, l’escalade des accusations entre États peut rapidement provoquer une rupture durable.
C’est pourquoi le principe de fraternité africaine, de respect mutuel et de bon voisinage conserve toute son importance. La CEDEAO elle-même inscrit parmi ses principes fondamentaux la promotion des relations de bon voisinage, la non-agression et le règlement pacifique des différends.
La stabilité du Niger comme celle de ses voisins justifie donc la retenue, le dialogue et la responsabilité. Une accusation aussi grave qu’une implication étrangère dans une tentative de déstabilisation ne peut être traitée comme une simple polémique politique. Elle doit faire l’objet d’une enquête sérieuse, contradictoire et documentée.
Car l’enjeu dépasse désormais le seul capitaine Roger Gabriel. Il s’agit de déterminer ce qui s’est réellement passé à Niamey dans la nuit du 28 au 29 août, qui a pris les décisions, qui a contacté qui, et si des acteurs extérieurs ont effectivement envisagé ou préparé une intervention.
Le témoignage du capitaine Gabriel constitue donc un point de départ pour l’enquête, pas son point d’arrivée.
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