Le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu la semaine dernière, en audience le président de la Cour constitutionnelle du Togo, le professeur Djobo-Babakane Coulibaley. Officiellement, cette rencontre s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération entre les juridictions constitutionnelles du Togo et du Gabon. Mais au-delà du caractère institutionnel de cette visite, elle intervient dans un contexte diplomatique particulier, marqué par l’absence de contacts au plus haut niveau entre Libreville et Lomé depuis la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba.
En présence du président de la Cour constitutionnelle gabonaise, Dieudonné Aba’a Owono, les échanges ont porté sur le développement de la coopération entre les deux institutions, à travers des consultations régulières, le partage d’expériences et de bonnes pratiques dans l’exercice de leurs missions. Le chef de l’État gabonais a, selon la présidence, réaffirmé son attachement au renforcement de l’État de droit et au développement de partenariats institutionnels entre le Togo et le Gabon.
Une première séquence de haut niveau depuis la fin de l’ère Bongo
Si le communiqué officiel met exclusivement l’accent sur la coopération judiciaire, cette audience revêt également une portée politique.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema, à la suite du renversement d’Ali Bongo en août 2023, aucun tête-à-tête n’a encore eu lieu entre le président gabonais et le président du Conseil togolais, Faure Gnassingbé. Les deux dirigeants ne se sont jamais rencontrés officiellement, alors même que le Togo est un acteur diplomatique très actif sur plusieurs dossiers africains.
Cette visite du président de la Cour constitutionnelle togolaise constitue ainsi l’un des premiers contacts institutionnels de haut niveau entre les deux États depuis le changement de régime à Libreville.
Le souvenir d’une relation privilégiée entre Ali Bongo et Faure Gnassingbé
Les rencontres entre Ali Bongo et Faure Gnassingbé étaient fréquentes. Le président togolais s’est rendu à plusieurs reprises à Libreville, notamment en 2016, en 2018, à trois reprises entre 2019 et janvier 2020, puis encore en 2022 et en janvier 2023. Ces visites de travail étaient consacrées aussi bien au renforcement de la coopération bilatérale qu’aux questions de sécurité régionale, à l’intégration africaine et aux dossiers de la CEDEAO et de la CEEAC.
Ali Bongo s’était également rendu à Lomé. Les deux chefs d’État affichant une proximité qui dépassait le simple cadre protocolaire. Les deux hommes coordonnaient régulièrement leurs positions sur les grands dossiers africains, notamment lorsqu’ils présidaient respectivement la CEEAC et la CEDEAO.
Une visite qui alimente les interrogations
Aucune indication officielle ne permet d’affirmer que le professeur Djobo-Babakane Coulibaley était porteur d’un message personnel de Faure Gnassingbé à Brice Clotaire Oligui Nguema.
Toutefois, dans les usages diplomatiques, les déplacements de hauts responsables institutionnels peuvent parfois servir de canal discret pour transmettre des messages politiques ou préparer une reprise des contacts entre chefs d’État.
Dans un contexte où Lomé et Libreville cherchent à redéfinir leurs relations après la fin de plus d’un demi-siècle de pouvoir de la famille Bongo, cette audience pourrait ainsi être interprétée comme un premier signal d’un possible rapprochement.
Reste désormais à savoir si cette séquence institutionnelle ouvrira la voie à une rencontre politique entre Faure Gnassingbé et Brice Clotaire Oligui Nguema, qui permettrait de renouer un dialogue direct entre deux partenaires dont les relations avaient atteint un niveau particulièrement élevé sous la présidence d’Ali Bongo.
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