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Assurance santé : la FANAF face aux déficits des assureurs

Rédigé par : Gapola

Lomé accueille un symposium sur l’assurance santé en Afrique. Ouvert mercredi 04 novembre 2026, par Jean-Marie Tessi, ministre de la Santé de l’Hygiène Publique de la Couverture Sanitaire Universelle et des Assurances en présence de Mamadou Koné, président de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF), d’André Apélété Azibli, président de l’Association professionnelle des sociétés d’assurances du Togo (APSAT) et du représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Hamadou Nouhou, il réunit les acteurs africains de l’assurance, de la santé et des pouvoirs publics pour la construction d’un système de couverture médicale plus inclusif et durable sur le continent.

À l’ouverture M. Koné, a lancé un avertissement : sans rétablissement de l’équilibre financier des compagnies, la pérennité de leur mission de protection des populations est menacée.

Placée sous le thème : « Bâtir un écosystème de l’assurance santé viable, inclusif et durable en Afrique », la rencontre de Lomé vise à définir des mécanismes permettant d’élargir l’accès aux soins tout en garantissant la solidité financière du secteur.

Mamadou Koné : « L’assurance santé qui perd de l’argent ne peut pas protéger longtemps »

Pour le président de la FANAF, Mamadou Koné, malgré la progression de l’assurance santé en Afrique, cette activité ne garantit pas toujours une rentabilité suffisante aux compagnies d’assurance. Ainsi, dans l’espace de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA), les déséquilibres techniques constituent notamment une préoccupation majeure.

« L’assurance santé qui perd de l’argent ne peut pas protéger longtemps », a-t-il averti. Selon lui, l’élargissement de la couverture médicale doit impérativement s’accompagner d’une gestion financière rigoureuse. La capacité des assureurs à protéger durablement les populations dépend aussi de leur équilibre économique.

Le président de la FANAF préconise ainsi une meilleure évaluation des risques, une tarification adaptée aux dépenses réelles et l’abandon des contrats structurellement déficitaires. Il insiste également sur le respect des clauses d’ajustement, le contrôle des prestations et la maîtrise des dépenses médicales, autour du principe du « juste soin au juste coût ».

La transformation numérique constitue un autre levier de cette réforme. Les prescriptions électroniques, les paiements mobiles, les nomenclatures communes et les plateformes de partage de données peuvent contribuer à limiter les abus, améliorer le suivi des prestations et fluidifier les relations entre les assureurs et les établissements sanitaires.

La FANAF appelle donc à une mobilisation collective des compagnies d’assurance, des prestataires de soins, des régulateurs et des gouvernements. Cette concertation devrait notamment déboucher sur une feuille de route 2027-2030, axée sur le rétablissement de l’équilibre technique des assureurs et l’élargissement de la couverture santé en Afrique.

Assurance maladie universelle : le Togo mise sur la complémentarité public-privé

Ouvrant le symposium, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture sanitaire universelle, Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi, a présenté les ambitions du Togo en matière de protection sociale. Son intervention a mis en évidence trois impératifs : la viabilité, l’inclusion et la durabilité des mécanismes de couverture sanitaire.

Pour illustrer les difficultés financières auxquelles sont confrontés certains ménages, le ministre a évoqué le cas d’une femme disposant de 2 000 francs CFA par jour, mais devant débourser 5 000 francs CFA pour une consultation lorsque son enfant tombe malade. Une situation qui montre combien les dépenses de santé peuvent rapidement devenir insurmontables pour les populations à faibles revenus.

Au Togo, l’Assurance maladie universelle (AMU), déployée depuis 2024, constitue un instrument central de solidarité nationale. Toutefois, le ministre estime que les assurances privées doivent jouer un rôle complémentaire afin de répondre aux besoins qui ne sont pas entièrement couverts par le dispositif public.

Il les invite notamment à développer des offres accessibles aux travailleurs du secteur informel, aux artisans, aux agriculteurs et aux travailleurs indépendants, en tenant compte de leurs capacités contributives.

Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi rappelle également que la couverture financière ne suffit pas à garantir l’accès effectif aux soins. Elle doit s’accompagner d’infrastructures sanitaires adaptées, d’équipements fonctionnels, de médicaments disponibles et de ressources humaines qualifiées. La réduction des disparités géographiques dans l’accès aux services de santé demeure également une priorité.

Le ministre a par ailleurs mis en avant le potentiel de la digitalisation, notamment à travers le dossier médical électronique, la télémédecine, les prescriptions numériques et l’identifiant unique du patient. L’interopérabilité entre les systèmes de la CNSS, de l’INAM et des assureurs privés apparaît, à cet égard, comme un enjeu important pour améliorer la gestion des prestations.

Il a également rappelé les différents dispositifs de couverture existants, dont l’AMU gérée par la CNSS pour les travailleurs du secteur privé et par l’INAM pour les agents publics et les populations vulnérables. Les programmes WEZOU et School AMU, ainsi que la subvention de 90 % des kits de césarienne dans les formations sanitaires publiques et confessionnelles, ont également été évoqués.

L’OMS plaide pour une meilleure protection financière des ménages

Le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Hamadou Nouhou, a replacé les discussions dans le cadre de la couverture sanitaire universelle. Pour l’OMS, l’assurance santé doit avant tout contribuer à protéger les populations contre les conséquences financières de la maladie.

Les données présentées lors de son intervention illustrent l’ampleur du défi mondial. En 2023, 4,6 milliards de personnes ne bénéficiaient pas d’une couverture complète des services de santé essentiels. En 2022, quelque 2,1 milliards de personnes ont également rencontré des difficultés financières liées aux dépenses directes de santé.

Face à cette situation, l’OMS recommande de renforcer les soins de santé primaires, d’accroître les financements publics et de réduire les paiements directs supportés par les ménages. Elle reconnaît aussi la contribution potentielle des assureurs privés, sous réserve d’un encadrement réglementaire et de mécanismes de gouvernance solides.

La FANAF et l’APSAT appellent à une gouvernance rigoureuse

Le président de l’APSAT, André Azibli, a salué les efforts du Togo dans la mise en œuvre de l’Assurance maladie universelle. Il a néanmoins insisté sur la nécessité de renforcer la gouvernance technique, la transparence, la gestion des risques et la qualité des prestations.

Dans la même dynamique, Hadarai Rabo, membre du bureau exécutif de la FANAF, a souligné que la construction d’un écosystème performant ne saurait reposer sur les seuls assureurs. Elle nécessite l’implication de l’ensemble de la chaîne sanitaire : hôpitaux, professionnels de santé, laboratoires, fournisseurs de produits médicaux et dispositifs publics de couverture.

Fondée le 17 mars 1976 à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, et basée à Dakar, au Sénégal, la FANAF œuvre à la promotion de l’assurance et de la réassurance en Afrique ainsi qu’au renforcement de la coopération entre ses membres.

À Lomé, les 4 et 5 novembre 2026, son premier symposium consacré à l’assurance santé pose ainsi une question fondamentale pour l’avenir de la protection sociale sur le continent : comment garantir à tous un accès aux soins sans compromettre la viabilité financière des mécanismes de couverture ? Les réflexions engagées devront contribuer à rapprocher les impératifs de solidarité, de rentabilité et de qualité des soins.

Thierry AFFANOUKOE

E-Mail: thierryaffanoukoe@gmail.com

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