Un leitmotiv s’impose dans la réflexion sur le développement : casser les silos pour libérer la croissance. Ça y est la rupture avec la logique administrative longtemps marquée par la séparation stricte des politiques sectorielles. La nouvelle approche portée dans le cadre de la Vision 2040 repose sur une conviction structurante : aucun levier de développement ne peut produire pleinement ses effets s’il agit isolément.
L’économie n’est plus pensée comme une juxtaposition de secteurs indépendants, mais comme un système où chaque composante influence les autres. L’agriculture dépend des infrastructures, l’industrie dépend de l’énergie, l’investissement dépend de la stabilité institutionnelle, et l’emploi dépend de la capacité de transformation locale.
L’agriculture comme système et non comme secteur isolé
L’un des exemples les plus parlants de cette approche concerne l’agriculture. Dans une logique classique, le développement agricole est souvent réduit à la distribution de semences améliorées ou à l’augmentation des rendements.
La vision intégrée propose une lecture plus large. Une modernisation agricole réussie implique simultanément plusieurs conditions. Elle nécessite des pistes rurales praticables pour évacuer les productions, un accès fiable à l’énergie pour alimenter les équipements de transformation, des infrastructures de stockage pour réduire les pertes post-récolte, un cadre foncier sécurisé pour encourager l’investissement, des financements adaptés pour soutenir les producteurs et des compétences techniques capables d’accompagner la transformation des pratiques.
Dans cette logique, le rendement agricole n’est plus seulement une question de technique, mais le résultat d’un écosystème complet.
L’investissement privé comme produit d’un environnement global
La même logique s’applique à l’attractivité économique. Capter l’investissement privé ne dépend pas uniquement de la fiscalité ou des incitations financières. Cela suppose un environnement juridique prévisible, une stabilité réglementaire, une administration efficace et une capacité de l’État à faire respecter les règles du jeu économique.
Mais cela ne suffit pas encore. La stratégie met également l’accent sur le rôle des Petites et moyennes entreprises (PME) locales. Celles-ci sont considérées comme des maillons essentiels dans les chaînes de valeur. Leur capacité à fournir des biens et services, à sous-traiter ou à transformer les productions locales conditionne directement l’intégration de l’économie dans les circuits de production modernes. Ainsi, l’investissement privé devient le produit d’un environnement global plutôt que d’un seul facteur isolé.
Au cœur de cette approche se trouve une transformation du rôle de l’État. Dans une gestion cloisonnée, chaque ministère agit dans son périmètre, avec ses objectifs et ses instruments. Dans une logique intégrée, l’État devient un coordinateur de systèmes interdépendants.
Cela implique une meilleure synchronisation des politiques publiques, une planification plus cohérente et une capacité accrue à aligner les investissements sur des objectifs communs. L’enjeu n’est plus seulement de mettre en œuvre des projets sectoriels, mais de construire des effets combinés. Une route n’est pas seulement une infrastructure de transport, elle devient un levier pour l’agriculture, le commerce, l’accès aux services et l’attractivité économique. Une réforme énergétique n’est pas uniquement une question de production d’électricité, elle conditionne la transformation industrielle, la compétitivité des entreprises et la création d’emplois.
Vers une croissance libérée par la coordination
Casser les silos ne signifie pas simplement réorganiser l’administration. Cela revient à repenser la manière même dont un pays conçoit son développement.
En plaçant l’interdépendance au centre de sa stratégie, la Vision 2040 propose une lecture où la croissance n’est plus le résultat d’efforts fragmentés, mais celui d’un système cohérent.
Et dans cette logique, la performance économique devient moins une addition de succès sectoriels qu’une harmonie entre politiques publiques, investissements et capacités productives. C’est précisément cette cohérence recherchée qui constitue le cœur de la promesse : libérer la croissance par la connexion des leviers plutôt que par leur séparation.






