Les producteurs de coton d’Afrique de l’Ouest et du Cameroun se mobilisent pour défendre leurs intérêts face à la hausse persistante du coût des intrants agricoles et à la baisse des cours du coton sur le marché mondial. Réunis à Lomé dans le cadre d’un atelier bilan de la campagne cotonnière 2025-2026, les membres de l’Association des Producteurs de Coton Africains (APROCA) veulent faire du partage d’expériences un véritable levier de plaidoyer commun en faveur des producteurs.
Des délégations du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte-d’Ivoire, du Mali, du Sénégal et du Togo prennent part à cette rencontre de deux jours, organisée sous le parrainage du ministère togolais de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire.
L’objectif est clair : renforcer la coopération entre les organisations de producteurs, partager les expériences nationales et identifier des solutions communes aux difficultés qui fragilisent la filière cotonnière. Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique, la pression des ravageurs et l’augmentation des coûts de production, les producteurs entendent mieux faire entendre leur voix.
Durant les travaux, les différentes plateformes membres de l’APROCA examinent notamment les mécanismes d’approvisionnement en intrants agricoles, les méthodes de fixation de leur prix de cession ainsi que les procédures de détermination du prix d’achat du coton graine. Une attention particulière est accordée au degré d’implication des producteurs dans ces processus.
Pour le président du Conseil d’administration de l’APROCA, Koussouwé Kouroufei, cette rencontre annuelle constitue avant tout « un cadre d’apprentissage mutuel ». Chaque pays est ainsi appelé à présenter ses performances, ses difficultés et les solutions expérimentées sur le terrain afin que les meilleures pratiques puissent être partagées avec l’ensemble des membres.
Le Togo affiche une progression encourageante
Au terme de la campagne 2025-2026, le Togo affiche des résultats jugés satisfaisants avec près de 80 000 tonnes de coton graine produites et un rendement moyen de 1 068 kilogrammes à l’hectare, en progression par rapport à la campagne précédente.
Selon les responsables de l’APROCA, cette performance s’explique notamment par la qualité des intrants mis à la disposition des producteurs à travers la Centrale d’Approvisionnement et de Gestion des Intrants Agricoles (CAGEA). Cette amélioration a également eu un impact sur la qualité de la fibre, avec un taux de qualité de tête au grenage passé de moins de 50 % à 57 % en une seule campagne.
La situation est toutefois contrastée dans les autres pays producteurs. Le Mali, par exemple, enregistre un recul de sa production, passée d’environ 600 000 tonnes à moins de 500 000 tonnes.
En Côte-d’Ivoire, la production connaît également une légère baisse. Le pays a enregistré un peu plus de 310 000 tonnes de coton graine, dans un contexte marqué par une forte diminution du nombre de producteurs, passé d’environ 130 000 à 80 000 en l’espace de quatre campagnes.
Les responsables ivoiriens évoquent notamment la concurrence exercée par la culture du maïs dans les zones cotonnières. La distribution d’intrants destinés au maïs aurait poussé plusieurs producteurs à convertir leurs parcelles traditionnellement consacrées au coton. Des difficultés liées à la disponibilité des semences ont également affecté la campagne, même si la situation semble désormais s’améliorer. Pour la prochaine saison, la Côte-d’Ivoire ambitionne de mettre en valeur près de 400 000 hectares.
Une même inquiétude : le coût des intrants
Malgré les différences observées d’un pays à l’autre, les producteurs partagent une préoccupation commune : la flambée du prix des intrants agricoles, alors même que les cours du coton connaissent une baisse sur le marché international.
Le coût des intrants dépasse aujourd’hui les 20 000 francs, une situation qui risque de peser lourdement sur la rentabilité des exploitations. À quelques mois de la campagne 2026-2027, les producteurs attendent toujours l’annonce officielle du prix du coton graine.
L’APROCA indique avoir achevé la révision de son mécanisme de fixation des prix et attend désormais les décisions des gouvernements. Un plaidoyer est engagé auprès des ministères de l’Agriculture et des Finances afin de ramener le coût des intrants à un niveau plus soutenable pour les producteurs.
La référence retenue est celle de la campagne précédente, où l’intrant était fixé à environ 14 000 francs, pour un prix d’achat du coton graine de 300 francs le kilogramme.
Vers un plaidoyer commun des producteurs africains
Au-delà des chiffres, l’atelier de Lomé met également en lumière les défis techniques auxquels les cotonculteurs sont confrontés, notamment la lutte contre les ravageurs, l’amélioration des semences, la qualité des intrants et l’adoption de pratiques agricoles capables d’améliorer durablement les rendements.
Le président du Conseil d’administration de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NST), El Hadj Nana Adam Nanfamé, a salué la résilience des producteurs africains, confrontés d’une campagne à l’autre à de multiples difficultés climatiques, économiques et phytosanitaires.
Il a rappelé l’évolution des ravageurs qui affectent la culture du coton, des pucerons et acariens aux chenilles Helicoverpa, en passant plus récemment par les jassides. Pour lui, le coton demeure une culture stratégique pour l’économie mondiale et mérite pleinement son surnom d’« or blanc ».
Évoquant les expériences internationales, il a notamment cité le modèle brésilien, fondé sur de vastes exploitations et la rotation des cultures entre le coton, le maïs et le soja, comme une source d’inspiration possible pour les filières africaines.
À l’issue des travaux, un rapport de synthèse devra être élaboré et soumis à la validation des participants. L’ambition de l’APROCA est désormais de transformer les expériences nationales en une stratégie commune capable d’influencer les décisions publiques.
À Lomé, les producteurs de coton africains veulent donc parler d’une seule voix : obtenir des intrants à des prix accessibles, garantir une meilleure rémunération du coton graine et renforcer la résilience d’une filière qui demeure essentielle à l’économie et à la vie de millions de producteurs sur le continent.
Nicole MLAGA
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