Accra, Ghana, 22 septembre 2026 – Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) renforce son partenariat avec les médias pour faire face à la sophistication croissante de la criminalité économique et financière dans la sous-région. Une formation régionale destinée aux journalistes d’investigation s’est ouverte mardi 22 septembre à Accra au Ghana, avec pour objectif de les outiller à enquêter sur les mécanismes de blanchiment de capitaux, de financement du terrorisme et les autres crimes financiers.
Organisé du 22 au 24 septembre 2026 à l’hôtel The Palms by Eagles à Accra, l’atelier réunit des professionnels des médias de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, ainsi que des experts et représentants des institutions nationales et régionales engagées dans la lutte contre la criminalité financière.
À l’ouverture des travaux, Timothy Melaye, responsable par intérim, Communication et plaidoyer a au nom du directeur général du GIABA, Mam Cherno Jallow, souligné l’importance stratégique des médias dans ce combat. Selon lui, les journalistes d’investigation constituent des « alliés stratégiques » grâce à leurs missions de veille, d’enquête, de sensibilisation et d’information du public.
« La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ne peut être pleinement efficace sans l’implication active des médias », a-t-il déclaré, invitant les professionnels de la presse à mettre leur expertise au service de la transparence et de la reddition des comptes.
Des menaces financières en constante évolution
Le GIABA relève plusieurs vulnérabilités auxquelles la région reste confrontée. Il s’agit notamment de la corruption à haut niveau et des flux financiers illicites provenant, entre autres, du secteur extractif, de la montée des activités liées au terrorisme, du trafic de stupéfiants, de l’utilisation abusive des actifs virtuels et des insuffisances dans la supervision de certaines entreprises et professions non financières.
À ces risques s’ajoute la transformation des méthodes utilisées par les réseaux criminels. Les innovations technologiques, les services financiers numériques, les structures juridiques complexes, les actifs virtuels et la rapidité des transactions transfrontalières offrent de nouvelles possibilités de dissimulation des fonds issus d’activités criminelles.
Pour les organisateurs, cette évolution impose aux journalistes spécialisés de nouvelles compétences, notamment dans l’analyse des sociétés, des états financiers, des marchés publics et des bénéficiaires effectifs des entreprises.
« Suivre la trace de l’argent »
Représentant le directeur du Centre de renseignement financier (FIC) du Ghana, Albert Kwadwo Twum Boafo, le directeur des affaires juridiques du FIC, Benjamin Ofori, a insisté sur la nécessité pour les journalistes de développer une véritable culture de l’enquête financière.
Il a notamment appelé les participants à apprendre à « suivre la trace de l’argent », en recherchant les liens entre des transactions apparemment distinctes, les véritables propriétaires d’entreprises ou encore les mécanismes permettant de dissimuler l’origine et la destination des fonds.
Le renseignement financier, a-t-il expliqué, permet justement de faire apparaître des connexions qui resteraient invisibles lorsqu’une transaction est examinée isolément. Une succession d’opérations apparemment ordinaires peut ainsi révéler l’existence d’un réseau criminel structuré.
Le journalisme d’investigation au cœur de la transparence
Au-delà de la collecte d’informations, les responsables de l’atelier ont insisté sur la nécessité d’un traitement rigoureux des données. Vérification des faits, protection des sources, respect de la déontologie, contextualisation juridique et économique et présentation des preuves constituent autant d’exigences auxquelles les journalistes doivent répondre dans leurs investigations.
L’objectif, selon Benjamin Ofori, n’est pas seulement d’augmenter le nombre de publications consacrées à la criminalité financière, mais de favoriser un journalisme d’impact, fondé sur des preuves et capable d’expliquer au public les mécanismes des infractions financières, leurs conséquences et les moyens d’y répondre.
Un programme de renforcement des capacités engagé depuis plusieurs années
Le GIABA rappelle que son engagement auprès des médias ne date pas d’aujourd’hui. L’organisation affirme avoir commencé à associer les journalistes d’investigation à ses consultations dès 2010 et indique former des journalistes dans les États membres de la CEDEAO depuis 2009.
Le programme a notamment été déployé dans plusieurs pays de la sous-région, dont la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Liberia, le Cap-Vert, le Sénégal et le Ghana. Accra avait déjà accueilli en février 2022 une session similaire ayant réuni près d’une cinquantaine de journalistes et représentants du secteur de la communication.
Cette nouvelle rencontre entend ainsi consolider les acquis de ces initiatives et renforcer le réseau des professionnels des médias spécialisés dans les questions de criminalité économique et financière.
Renforcer les dispositifs régionaux
Dans son intervention, M. Melaye a également rappelé les avancées enregistrées par le GIABA dans le cadre de son Plan stratégique 2023-2027, aligné sur la Vision 2050 de la CEDEAO.
L’institution indique avoir contribué à l’adaptation des cadres réglementaires aux normes du Groupe d’action financière (GAFI), au renforcement des capacités de nombreux acteurs de la chaîne judiciaire et financière, ainsi qu’à la promotion de la transparence sur les bénéficiaires effectifs des sociétés.
Le GIABA travaille également avec plusieurs partenaires internationaux, dont le GAFI, l’Union européenne, la GIZ et la Banque africaine de développement, notamment dans le domaine de l’assistance technique aux États membres.
L’organisation a par ailleurs achevé les premier et deuxième cycles d’évaluations mutuelles de ses États membres et engagé les préparatifs du troisième cycle.
Trois jours pour renforcer les compétences des journalistes
Durant les trois jours de formation, les participants sont appelés à approfondir leurs connaissances sur la criminalité économique et financière, à découvrir des techniques modernes d’investigation et à mieux comprendre les mécanismes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Le GIABA souhaite également établir une alliance plus solide avec les médias pour améliorer la diffusion de l’information sur ces problématiques et favoriser l’émergence d’un réseau de journalistes engagés dans la promotion de la transparence.
Pour M. Melaye, la mobilisation des médias est indispensable pour faire reculer les pratiques financières illicites. « La bataille contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ne sera gagnée que si la lumière l’emporte sur les ténèbres ; et vous, journalistes, êtes l’un de nos plus puissants remparts », a-t-il conclu.
L’atelier d’Accra se veut ainsi un espace de partage d’expériences et de renforcement des compétences, mais également un cadre destiné à consolider la coopération entre institutions financières, autorités publiques et médias face à des formes de criminalité qui dépassent de plus en plus les frontières nationales.
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