À l’occasion de son 15ᵉ anniversaire, le Syndicat National des Journalistes Indépendants du Togo (SYNJIT) dresse un constat préoccupant sur les conditions de vie et de travail des professionnels des médias privés. Une enquête menée auprès de journalistes révèle une profession fragilisée par de faibles rémunérations, l’instabilité de l’emploi et l’absence de protection sociale.
Le Syndicat National des Journalistes Indépendants du Togo (SYNJIT) célèbre, ce jeudi 27 août 2026, ses 15 années d’existence. Créé le 27 août 2011, le syndicat s’est donné pour mission de défendre la dignité des professionnels de l’information et d’améliorer les conditions de vie et de travail des journalistes du secteur privé togolais.
Pour cet anniversaire, le SYNJIT a toutefois choisi de troquer les réjouissances contre un moment de vérité. L’organisation syndicale veut attirer l’attention sur la situation sociale préoccupante que vivent de nombreux journalistes, malgré l’existence de textes censés encadrer et protéger l’exercice de la profession.
Parmi les acquis majeurs figure notamment la signature, le 14 octobre 2022, de la Convention collective des journalistes. Un texte historique destiné à offrir un cadre plus digne aux professionnels des médias. Mais, selon le SYNJIT, l’application effective de cette convention sur le terrain reste un défi majeur.
Une enquête aux chiffres alarmants
Afin de mesurer la réalité vécue par les professionnels du secteur privé, le Bureau exécutif du SYNJIT a mené, entre avril et mai derniers, une enquête auprès de journalistes en activité. Les résultats, obtenus sur la base des réponses de 69 professionnels, dressent un tableau particulièrement préoccupant.
Selon l’étude, 91,3 % des journalistes du secteur privé gagnent moins de 100 000 FCFA par mois. Plus inquiétant encore, 49,3 % des personnes interrogées déclarent percevoir moins de 50 000 FCFA mensuels, illustrant la forte précarité économique qui frappe une partie importante de la profession.
À la faiblesse des rémunérations s’ajoute une instabilité chronique de l’emploi. Le contrat à durée indéterminée apparaît désormais comme une exception. Près de 60,9 % des journalistes interrogés évoluent sous des contrats précaires, à travers des CDD, des piges, des stages ou parfois des situations assimilables à du bénévolat prolongé.
La régularité des salaires constitue également une source d’inquiétude. Près de 38 % des répondants affirment faire face à des retards importants ou à une forte irrégularité dans le paiement de leurs revenus.
Une profession sans véritable filet social
La protection sociale reste, elle aussi, l’un des principaux points noirs soulevés par l’enquête. Plus d’un journaliste sur deux travaillerait sans couverture de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ni assurance maladie.
Cette situation nourrit une profonde incertitude quant à l’avenir des professionnels concernés. Ainsi, 78,3 % des journalistes interrogés estiment qu’ils ne pourront pas exercer ce métier jusqu’à la retraite.
« Le journalisme privé togolais est en état d’asphyxie sociale », a déclaré le Secrétaire général du Bureau exécutif national du SYNJIT, Narcisse Dodzi Prince-Agbodjan.
Pour le syndicat, les chiffres révèlent une profession confrontée à une désillusion grandissante et à un risque réel de fuite des compétences. De nombreux journalistes pourraient être tentés d’abandonner le métier pour d’autres secteurs ou de rechercher de meilleures perspectives en dehors du pays.
La satisfaction générale des professionnels interrogés atteint seulement 1,26 sur 5, tandis que le sentiment d’injustice salariale semble largement partagé.
« Sans réforme sociale immédiate, l’information professionnelle va finir par s’effondrer totalement au Togo », avertit le SYNJIT.
Quatre urgences pour sauver la profession
À l’occasion de ses 15 ans, le SYNJIT affirme ne pas réclamer de cadeaux, mais plutôt l’application effective des textes existants. Le syndicat appelle les différents acteurs concernés à agir autour de quatre priorités.
Il plaide notamment pour la mise à jour, l’application stricte et le contrôle effectif de la Convention collective sectorielle. Il réclame également la fixation d’un salaire planché professionnel permettant aux journalistes de vivre dignement de leur métier.
Le SYNJIT souhaite par ailleurs que l’attribution de l’aide publique aux médias soit conditionnée à la déclaration de l’ensemble du personnel à la CNSS ainsi qu’à la régularité du paiement des salaires. Enfin, l’organisation demande un encadrement juridique plus rigoureux des stages afin de mettre fin aux pratiques assimilées à du bénévolat déguisé.
« Nous restons debout »
Malgré ce tableau sombre, le SYNJIT rend hommage aux journalistes qui continuent d’exercer leur métier malgré les difficultés économiques et sociales.
« Nous restons debout, plus déterminés que jamais, pour les 15 prochaines années et au-delà », affirme le syndicat.
Après quinze années de combat pour la défense des journalistes, le SYNJIT estime que le temps des promesses doit désormais laisser place à des actions concrètes. Pour l’organisation, l’avenir du journalisme privé togolais dépendra de la capacité des acteurs concernés à garantir aux professionnels de l’information des conditions de travail et de vie à la hauteur de leur rôle dans la société.
Nicole MLAGA
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