En s’indignant de l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba du Togo vers le Burkina Faso, le président ivoirien Alassane Ouattara adopte une posture qui ne manque pas de surprendre. Car en matière d’extradition de responsables politiques, Abidjan n’a ni les mains propres ni de leçons à donner.
Depuis son arrivée au pouvoir, le régime ivoirien a lui-même exigé et obtenu la remise ou l’extradition de plusieurs figures politiques, au nom de la justice ou de la coopération judiciaire régionale et internationale.
Le cas le plus emblématique reste celui de Charles Blé Goudé, ancien leader des jeunes patriotes. Arrêté au Ghana en 2013, il a été extradé vers la Côte d’Ivoire à la demande des autorités d’Abidjan, avant d’être transféré à la Cour Pénale Internationale (CPI). À l’époque, le pouvoir ivoirien avait défendu cette extradition comme un acte normal de justice et de coopération entre États souverains.
Autre exemple souvent cité : Moïse Lida Kouassi, ancien ministre de la Défense sous Laurent Gbagbo. Interpellé au Togo en 2012, il a été extradé vers la Côte d’Ivoire, là encore à la demande expresse du régime Ouattara. Cette extradition avait suscité de vives critiques dans l’opposition ivoirienne, qui y voyait déjà une instrumentalisation politique de la justice.
À ces cas s’ajoutent plusieurs demandes officielles de poursuites, de remises judiciaires ou de mandats internationaux visant des cadres de l’ancien régime, régulièrement justifiées par Abidjan au nom de la lutte contre l’impunité. À aucun moment, alors, la Côte d’Ivoire ne s’était émue des « précédents dangereux » ou des risques diplomatiques aujourd’hui invoqués contre le Togo.
Dès lors, la réaction d’Alassane Ouattara face à l’extradition de Damiba apparaît pour le moins sélective. Ce qui était hier présenté comme un principe légitime de coopération judiciaire devient aujourd’hui un sujet d’inquiétude régionale, dès lors qu’il concerne un allié ou un exilé politique d’un autre camp.
En réalité, cette polémique met surtout en lumière une constante de la vie politique ouest-africaine : l’indignation à géométrie variable, où les principes sont souvent défendus ou dénoncés selon les intérêts du moment.
Le Togo, en exécutant une décision d’extradition vers le Burkina Faso, n’a fait que recourir à un mécanisme que la Côte d’Ivoire elle-même a abondamment utilisé par le passé. À ce titre, Abidjan peine à convaincre lorsqu’il se pose aujourd’hui en gardien des bonnes pratiques diplomatiques.
@Gapola




