À l’heure où les outils numériques et l’Intelligence Artificielle (IA) redéfinissent en profondeur les pratiques dans de nombreux secteurs, les universités africaines amorcent une réflexion stratégique sur leur appropriation. A cette occasion, la 9ème Journée d’étude internationale s’est tenu vendredi 12 juin 2026 à WASCAL, à l’Université de Lomé (UL), initiée par la Chaire UNESCO de l’Université Paris 1 et la Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société de l’UL.
Ouverte après trois jours d’activités scientifiques, du 9 au 11 juin 2026, cette rencontre s’inscrit dans une dynamique d’adaptation des universités africaines aux mutations induites par le numérique et l’intelligence artificielle. Elle vise à renforcer l’impact de ces outils sur les pratiques universitaires, notamment à travers l’évolution des méthodes de recherche et de la formation doctorale.
Il s’agit également d’interroger et de transformer les modes d’apprentissage, les processus de réflexion ainsi que les dynamiques de production scientifique, tout en prenant en compte les enjeux éthiques, méthodologiques et environnementaux.
Dans ce contexte, les sciences humaines et sociales ainsi que les universités sont appelées à jouer un rôle central, en tant qu’espaces de réflexion critique et d’accompagnement de ces transformations, afin de préserver leur vocation humaniste.
Placée sous le thème : « L’Afrique à l’ère des outils numériques et de l’intelligence artificielle : nouveaux visages et défis du développement, des savoirs et des sociétés », cette journée a réuni un parterre d’acteurs académiques et institutionnels. Parmi eux figuraient Gaëlle Gillot, titulaire de la Chaire UNESCO, des membres de ladite Chaire, le représentant du ministère français des Affaires étrangères, Julien Frémont, directeur de l’Agence Française de Développement (AFD), Benjamin Neumann, le vice-président de l’UL, Prof Komlan Batawila, le doyen de la Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société, Prof. Edinam Kola, ainsi que plusieurs responsables universitaires et doctorants venus de la Guinée, Côte d’Ivoire, du Bénin, du Cameroun, du Burundi, du Mali, de la France, du Canada et du Tchad, les représentants de structures de développement de recherche universitaire ainsi que les (06) communicants venus des universités du Bénin, de la Côte-d’Ivoire, du Cameroun et du Burundi.
A cette rencontre, Gaëlle Gillot a retracé l’historique de la Chaire, en rappelant qu’elle a été créée en 2017 avec six membres initiaux et qu’elle regroupe aujourd’hui onze institutions, dont l’Université de Lomé depuis 2019. Sa mission repose sur la construction de partenariats scientifiques solides, fondés sur des valeurs de collaboration, d’analyse critique du développement et de transmission des savoirs.
La journée a permis de mettre en lumière le niveau d’intégration de l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur en Afrique, tout en soulignant les défis et les risques qu’elle comporte et a pour vocation d’interroger les enjeux à partir des cas concrets des six doctorants qui présenteront leurs thèses concernant l’utilisation des outils numériques dans la société au Bénin, au Togo, en Côte d’Ivoire, au Cameroun et en Burundi.
« Face aux bouleversements rapides provoqués par l’essor de l’intelligence artificielle, il devient impératif pour les universités africaines de réfléchir collectivement à des approches adaptées, afin d’ancrer ces innovations dans les réalités locales et d’en faire un véritable levier de transformation académique », a-t-elle précisé
Dans son intervention, le Prof Komlan Batawila a relevé que l’IA représente aujourd’hui un potentiel considérable pour le continent. Elle peut contribuer à améliorer la qualité des services publics, renforcer les systèmes éducatifs, optimiser les politiques de santé, accroître la productivité agricole et soutenir la prise de décision dans des secteurs stratégiques.
« Les universités doivent être des espaces de réflexion critique, de production de connaissances et d’expérimentation, mais également des lieux de conception de solutions innovantes adaptées aux réalités africaines », a-t-il déclaré.
Pour lui, l’avenir numérique de l’Afrique ne doit pas être subi, mais pensé, construit et maîtrisé par ses propres acteurs, dans un esprit de responsabilité, d’inclusion et de solidarité.
Dans la même dynamique, le directeur de l’AFD a insisté sur l’importance de la recherche.
« La recherche constitue un pilier essentiel de nos actions. À travers l’accompagnement des jeunes chercheurs et le renforcement des partenariats, nous contribuons à valoriser les compétences locales et à soutenir le développement des universités dans nos pays partenaires », a-t-il indiqué.
De son côté, le Prof. Edinam Kola a souligné que l’intelligence artificielle ne saurait être réduite à un simple outil, mais qu’elle participe à la fois à des dynamiques d’émergence, de dépendance technologique et d’émancipation.
La séance a été marquée par une présentation introductive offrant un aperçu conceptuel des outils numériques, ainsi que des différents types d’intelligence artificielle et de leur fonctionnement.
Au-delà de son intérêt manifeste, l’intervenant a souligné que l’IA constitue un levier important d’amélioration de la productivité, notamment dans le secteur privé, tout en contribuant à la réduction des coûts opérationnels dans les services publics. Il a illustré ses propos par des exemples concrets, notamment certaines décisions récentes du gouvernement togolais liées à la gestion et à la proclamation des résultats d’examens.
Toutefois, il a précisé que l’intelligence artificielle ne saurait être appliquée uniformément à tous les domaines de recherche.
A l’occasion, plusieurs doctorants, dont Max Rufin Yapele de l’Université de Yaoundé, N’ta Claude-Armande Kouakou de l’Université Alassane Ouattara, Bouaké et Ange H. Adjodogbedji de l’Université d’Abomey Calavi présenteront leurs travaux portant sur l’analyse des usages des outils numériques, entre identités, imaginaires et modèles communicationnels.
Ces interventions seront suivies par celles de Kouassi Martin Adjoumani de l’Université Alassane Ouattara, Jaël Zawadi de Burundi et Christine Ogoudou de l’Université de Parkou, qui exploreront le rôle du numérique et de l’intelligence artificielle comme leviers d’innovation au service du développement local.
À travers cette 9ème Journée d’étude internationale, la Chaire UNESCO de l’Université Paris 1 réaffirme son engagement en faveur de la réflexion critique et de la production de savoirs face aux transformations numériques. Elle s’impose ainsi comme un espace majeur de dialogue et de formation, contribuant au renforcement des capacités des jeunes chercheurs et à l’émergence de connaissances ancrées dans les réalités africaines. L’Université de Lomé, en tant que membre, souligne pour sa part l’importance de préserver la dimension humaine de la recherche.
Nicole MLAGA
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