Au Togo, la controverse autour de l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO se poursuit. Quelques jours après la réaction du gouvernement, qui affirme que la décision de la juridiction communautaire ne remet pas en cause la Constitution de la Ve République ni les institutions qui en sont issues, quatre organisations de l’opposition – la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), la DMK-Originale, Lumière pour le Développement dans la Paix (LDP) et le mouvement « Touche Pas à Ma Constitution » – sont montées à leur tour au créneau.
Dans sa communication, le gouvernement soutient que la Cour de justice de la CEDEAO n’a ni annulé la réforme constitutionnelle de 2024 ni ordonné le retour à l’ordre constitutionnel antérieur. Les autorités estiment que l’arrêt confirme le maintien en vigueur des institutions actuelles et présentent cette décision comme l’illustration des tensions entre la souveraineté constitutionnelle des États et le contrôle régional en matière de gouvernance démocratique.
Les organisations signataires du communiqué rejettent cette interprétation. Elles estiment que le gouvernement tente de détourner l’attention de ce qu’elles considèrent comme le principal enseignement de l’arrêt. « La décision de la Cour est claire et sans ambiguïté ; elle qualifie la réforme constitutionnelle de 2024 de changement inconstitutionnel de gouvernement », affirment-elles, estimant que cette qualification constitue le cœur de la décision rendue par la juridiction communautaire.
« Le pouvoir est désormais dos au mur »
Pour la DMP, la DMK-Originale, la LDP et « Touche Pas à Ma Constitution », la communication gouvernementale ne change rien aux conséquences politiques de l’arrêt.
« Le pouvoir est désormais dos au mur », écrivent Sambiri Targone, Thomas Nsoukpoe, Tchagnaou Ouro-Akpo et Nathaniel Olympio considérant que le pouvoir de Lomé ne peut ignorer une décision d’une juridiction dont le Togo reconnaît la compétence.
Les quatre organisations accusent également le gouvernement de ne retenir que les éléments de l’arrêt qui confortent sa position, tout en passant sous silence les motifs ayant conduit la Cour à conclure à une violation des engagements régionaux en matière de gouvernance démocratique. Elles soutiennent que l’absence d’annulation formelle de la Constitution n’efface pas la qualification juridique retenue par la Cour.
La DMP, la DMK-Originale, la LDP et « Touche Pas à Ma Constitution » voient dans l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO un soutien à leur contestation de la réforme constitutionnelle de 2024. Ils estiment que cette décision renforce leurs revendications en faveur d’un retour à un ordre constitutionnel conforme aux engagements régionaux du Togo.
Par ailleurs, cette frange de l’opposition appelle à la mobilisation citoyenne afin d’obtenir le respect des principes démocratiques consacrés par les textes communautaires. Cette nouvelle prise de position prolonge ainsi le bras de fer politique et juridique engagé autour de la Ve République, alors que chaque camp continue de revendiquer une lecture différente de l’arrêt rendu par la Cour de justice de la CEDEAO.
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