Les investissements dans le développement de la petite enfance constituent une condition essentielle pour améliorer durablement les résultats scolaires au Togo. C’est la principale conclusion d’une étude présentée mardi 14 juillet 2026, à Lomé, lors d’un atelier national de restitution organisé par l’Équipe de Recherche en Économie Agricole et Appliquée (ERE2A) de l’Université de Lomé, en partenariat avec le Partenariat pour les Politiques Économiques (PEP) et le Global Education Analytics Institute (GEAI).
Placée sous le thème : « Investir dans le développement de la petite enfance pour transformer les résultats d’apprentissage dans l’enseignement primaire au Togo », la rencontre s’inscrit dans le cadre du programme Africa Fellows in Education Program (AFEP), avec le soutien de Yidan. Elle avait pour objectif de promouvoir l’utilisation de données probantes afin d’orienter les politiques publiques en matière d’éducation.
Le préscolaire, un facteur déterminant de réussite
Réalisée par Dr Etayibtalnam Koudjom, lauréat de l’AFEP 2024-2025, l’étude s’appuie sur les données du Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN (PASEC 2019) et sur des méthodes économétriques pour évaluer l’impact de l’éducation préscolaire sur les performances des élèves du primaire.
Les résultats montrent que les enfants ayant bénéficié d’une éducation préscolaire obtiennent de meilleurs résultats en lecture que ceux qui n’y ont pas eu accès, aussi bien au CP2 qu’au CM2. Ces conclusions confirment le rôle déterminant des investissements précoces dans le développement du capital humain.
Selon le rapport PASEC 2019, 75,6 % des élèves togolais atteignent un niveau suffisant en langue, contre seulement 53 % en mathématiques, mettant en évidence des insuffisances persistantes dans les apprentissages fondamentaux.
Des défis persistants
L’étude souligne toutefois que les performances scolaires restent fortement influencées par la qualité de l’environnement éducatif. Parmi les principaux obstacles identifiés figurent le déficit d’infrastructures scolaires, la surcharge des classes, le manque d’électricité dans certains ménages, l’accès limité au préscolaire en milieu rural ainsi que la faible sensibilisation des parents.
Ces difficultés contribuent à l’exclusion de nombreux enfants, alors que plus de la moitié d’entre eux ne bénéficient toujours pas d’une éducation préscolaire, accentuant les disparités entre zones rurales et urbaines.
Des recommandations pour renforcer le système
Pour relever ces défis, les chercheurs recommandent de renforcer la sensibilisation des parents, notamment en milieu rural, d’investir davantage dans les infrastructures éducatives, de former et de déployer efficacement les enseignants du préscolaire, tout en assurant un suivi régulier des pratiques pédagogiques.
L’étude préconise également une approche multisectorielle associant les ministères chargés de l’Éducation, de la Santé, de l’Action sociale, de l’Économie et de la Veille stratégique afin d’assurer un développement global de l’enfant.
Les autorités réaffirment leur engagement
Selon Emmanuel Barakpété Ahiya, représentant le ministre de l’Education nationale, l’éducation demeure un moteur du développement économique et social.
« L’éducation demeure l’un des canaux d’investissement qui conduit à un développement économique inclusif, capable de réduire les inégalités et de construire une société plus prospère à long terme », a-t-il déclaré.
Il a réaffirmé la volonté du gouvernement de poursuivre les efforts visant à améliorer l’accès et la qualité de l’éducation, tout en accordant une attention particulière à la petite enfance.
Pour Pr Edinam Kola, doyen de la Faculté des Sciences sociales, humaines et de la société à l’Université de Lomé, la recherche est déterminante dans l’élaboration des politiques publiques.
« La qualité des politiques éducatives dépendra de notre capacité collective à faire de la recherche un véritable levier d’aide à la décision », a-t-il affirmé, appelant à une collaboration renforcée entre parents, institutions et acteurs éducatifs.
Une feuille de route en préparation
Les échanges qui ont suivi la présentation de l’étude ont permis de recueillir les observations des participants afin d’enrichir le rapport final. Un panel de haut niveau, dirigé par Dr Outama Adji, a notamment plaidé pour une augmentation des investissements financiers, un meilleur ciblage des zones rurales, la mise en place de programmes de rattrapage et un renforcement de l’implication des parents.
Selon le Dr Koudjom, ces contributions permettront d’élaborer un document de référence destiné à orienter les politiques publiques. Les recommandations issues de cette recherche devraient alimenter la future Stratégie nationale de développement de l’éducation préscolaire (SNDEP 2025-2030), en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine, la Stratégie continentale pour l’éducation en Afrique 2026-2035 et l’Objectif de développement durable 4 des Nations unies.
Nicole MLAGA
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