À l’heure où le Togo cherche à renforcer l’accès aux droits et à la santé sexuels et reproductifs, les indicateurs montrent des avancées, mais aussi des besoins persistants. Contraception, santé maternelle, grossesse chez les adolescentes ou encore accès à l’information : les enjeux restent nombreux, particulièrement pour les jeunes femmes.
À Lomé comme dans les autres régions du pays, l’accès à la santé sexuelle et reproductive constitue un enjeu de santé publique, mais aussi une question de droits. Pouvoir accéder à une information fiable, choisir librement une méthode contraceptive, bénéficier d’un suivi pendant la grossesse ou recevoir des soins adaptés sont autant de dimensions des droits sexuels et reproductifs.
Ces dernières années, le Togo a enregistré des progrès dans plusieurs indicateurs de santé. Selon les données présentées par les autorités togolaises, la mortalité maternelle est passée de 478 décès pour 100 000 naissances vivantes en 1998 à 362 en 2023. Sur la même période, la mortalité néonatale est passée de 40 à 21 décès pour 1 000 naissances vivantes. Mais derrière ces progrès, les besoins restent importants.
Les données du partenariat FP2030 estiment qu’en 2024, environ 560 000 femmes au Togo utilisent une méthode moderne de contraception . La prévalence contraceptive moderne est estimée à 24,9 %, contre 15,6 % en 2012. Dans le même temps, les besoins non satisfaits en contraception moderne sont estimés à 22,9 %.
Autrement dit, malgré la progression de l’utilisation des méthodes modernes, une part importante des femmes qui souhaitent éviter ou espacer une grossesse ne dispose toujours pas de la méthode contraceptive adaptée à ses besoins.
Chez les adolescentes et les jeunes femmes, la situation est particulièrement préoccupante. Une étude réalisée à partir des données de l’enquête MICS 2017 estime à 27,02 % la proportion de jeunes femmes sexuellement actives âgées de 15 à 24 ans ayant des besoins non satisfaits en contraception moderne. Chez les 20-24 ans, cette proportion atteint 28,31 %.
Les disparités sont également visibles selon le niveau socio-économique et le statut matrimonial. L’étude relève notamment une proportion de besoins non satisfaits de 30 % chez les jeunes femmes non mariées
Les jeunes, au cœur des enjeux
Les services destinés aux adolescents et aux jeunes constituent donc un élément central de la politique de santé sexuelle et reproductive au Togo.
Les statistiques sanitaires nationales recensent, pour 2023, 243 441 adolescents et jeunes touchés par des activités de conseil ou d’information individuelle, ainsi que plus de 156 000 personnes touchées par des causeries éducatives. Les services de santé ont également enregistré des utilisatrices de méthodes modernes de contraception parmi les moins de 25 ans.
Mais l’accès à l’information ne suffit pas toujours. Il faut également pouvoir accéder aux services, disposer de personnels formés et bénéficier d’un accueil sans jugement ni stigmatisation.
Une étude issue de l’article scientifique sur la grossesse chez l’adolescence menée au CHU Sylvanus-Olympio de Lomé entre juin 2022 et mai 2023, publiée en 2025 dans la revue Health Rearch in Africa, donne un aperçu de la situation des grossesses adolescentes en milieu hospitalier. Les grossesses chez les adolescentes de 10 à 19 ans représentaient 11,1 % des grossesses prises en charge dans cette étude. Parmi ces adolescentes, 66,7 % étaient primigestes. L’étude rapporte également que 6,2 % n’avaient effectué aucune consultation prénatale.
Ces chiffres ne peuvent pas être extrapolés à l’ensemble du pays. Ils concernent une structure hospitalière et une période déterminée. Ils illustrent néanmoins les difficultés auxquelles peuvent être confrontées certaines adolescentes lorsqu’elles accèdent aux soins.
Santé maternelle : des progrès, mais encore des fragilités
Les données du ministère de la Santé montrent également des difficultés dans le suivi de la grossesse et du post-partum.
En 2023, 253 522 femmes ont été vues lors du premier contact de consultation prénatale, pour une couverture nationale estimée à 83,6 % selon l’annuaire statistique sanitaire.
Mais les données les plus récentes disponibles dans le rapport annuel de performance du ministère font apparaître un recul de certains indicateurs en 2024. La proportion de femmes ayant effectué une première consultation postnatale est notamment passée de 58 % en 2023 à 48,8 % en 2024. Le rapport souligne par ailleurs des difficultés liées à la complétude et à la qualité des données rapportées, notamment dans le secteur privé.
Ces limites statistiques sont importantes. Mesurer correctement les grossesses, les accouchements, les complications et les décès est indispensable pour identifier les besoins réels et orienter les politiques publiques.
La question de l’interruption de grossesse fait également partie des enjeux liés aux droits sexuels et reproductifs.
Les statistiques sanitaires togolaises distinguent les avortements provoqués des avortements spontanés et recensent les prises en charge dans les établissements de santé. En 2024, le ratio entre avortements provoqués et spontanés est passé de 0,16 en 2023 à 0,19, selon le rapport annuel de performance du ministère de la Santé.
Ces chiffres correspondent aux cas enregistrés dans le système de santé et ne permettent donc pas, à eux seuls, de mesurer l’ensemble des interruptions de grossesse survenues dans le pays.
Dans ce contexte, l’accès à la contraception, à l’information et à des services de santé de qualité demeure un élément essentiel de prévention des grossesses non planifiées et de réduction des risques associés aux avortements pratiqués dans des conditions dangereuses.
Suivre l’évolution des besoins
Le Togo dispose d’une offre diversifiée de méthodes contraceptives. Les statistiques sanitaires de 2023 font état notamment de la distribution de 406 605 préservatifs masculins, 82 594 injectables, 34 861 implants Jadelle, 22 527 Implanon et 10 665 dispositifs intra-utérins (DIU)
Le pays travaille également à renforcer la disponibilité des produits de santé reproductive. En septembre 2025, un exercice national de quantification pluriannuelle des produits de santé sexuelle et reproductive et de planification familiale a été organisé à Kpalimé avec l’appui de l’UNFPA, avec pour objectif de mieux anticiper les besoins et de sécuriser l’approvisionnement.
Pour les acteurs de la santé sexuelle et reproductive, le défi ne se limite pas à disposer de produits contraceptifs. Il s’agit aussi de garantir une information accessible, des services confidentiels et adaptés aux jeunes, une prise en charge de qualité pendant la grossesse et après l’accouchement, ainsi qu’un environnement dans lequel les personnes peuvent exercer leurs droits sans discrimination.
Les chiffres racontent une histoire contrastée. La mortalité maternelle et néonatale a reculé sur le long terme, tandis que l’utilisation de la contraception moderne progresse. Mais près d’une jeune femme sexuellement active sur quatre à cinq reste confrontée à un besoin non satisfait de contraception moderne, selon les estimations disponibles.
La question des droits sexuels et reproductifs se joue ainsi autant dans les textes que dans la réalité quotidienne. La possibilité de choisir, de s’informer, de prévenir une grossesse, d’être accompagnée pendant la maternité et d’accéder à des soins de qualité.
Au-delà des statistiques, l’enjeu est donc celui de l’effectivité des droits. Faire en sorte que les progrès enregistrés au niveau national se traduisent, pour les adolescentes, les jeunes femmes et l’ensemble de la population, par un accès réel, équitable et sans stigmatisation aux services de santé sexuelle et reproductive.
@Gapola
E-Mail: thierryaffanoukoe@gmail.com
Tél : (00228) 92 42 51 78/71 76 79 53. Pour vos reportages, annonces et publicité, contacter le service commercial de votre site Gapola.







