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Foufoumix : une invention togolaise au cœur d’une bataille judiciaire sur la propriété intellectuelle

Rédigé par : Gapola

Présentée comme l’une des rares innovations industrielles issues de l’espace de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) à avoir été industrialisée et commercialisée, la machine à foufou Foufoumix est aujourd’hui au centre d’un important contentieux judiciaire. Entre accusations de contrefaçon, diffusion de copies fabriquées en Chine et procédure d’appel devant la Cour d’appel de Lomé, cette affaire soulève des questions sur la protection des inventions africaines et la souveraineté industrielle du Togo.

Une innovation née au Togo

Mis au point par un opérateur économique togolais après plusieurs années de recherche, le Foufoumix est un robot culinaire destiné à mécaniser la préparation du foufou, aliment traditionnel consommé dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.

Selon son inventeur, l’appareil reproduit mécaniquement les gestes de préparation grâce à une combinaison de technologies protégées par plusieurs brevets délivrés par l’OAPI, dont les brevets n°16686 (2014), n°21310 (2023) et n°21755 (2024). Une demande de protection internationale a également été déposée dans le cadre du Traité de coopération en matière de brevets (PCT).

L’entreprise affirme avoir conçu et installé son unité de production entièrement au Togo, faisant du projet un exemple rare d’industrialisation locale dans l’espace OAPI.

Des accusations de contrefaçon

L’origine du litige remonte à 2024 avec l’apparition sur les marchés togolais et ghanéens de machines commercialisées sous la marque Power King.

Selon l’inventeur du Foufoumix, ces appareils reprendraient une grande partie des caractéristiques techniques protégées par ses brevets. Il affirme également que certaines copies reproduisaient des éléments du manuel d’utilisation de son produit, notamment le nom Foufoumix ainsi que les coordonnées de son service après-vente basé à Lomé.

L’entreprise soutient que ces machines auraient été fabriquées en Chine à la demande d’un opérateur économique étranger exerçant ses activités depuis le Ghana, avec une présence commerciale au Togo. Les personnes mises en cause contestent toutefois cette version dans le cadre de la procédure judiciaire.

Une affaire portée devant les tribunaux

Après une opération de saisie-contrefaçon menée en juillet 2024, les parties avaient tenté un règlement amiable avant que leurs relations ne se détériorent de nouveau.

Parallèlement, l’entreprise togolaise affirme que de nombreuses copies de la machine ont ensuite été commercialisées sur des plateformes internationales de commerce électronique sous différentes marques, contribuant à une forte concurrence sur le marché local.

Estimant que ses droits continuaient d’être violés, l’inventeur a engagé de nouvelles procédures judiciaires en 2026 contre plusieurs distributeurs.

En réponse, la partie adverse a saisi le Tribunal de commerce de Lomé afin d’obtenir l’annulation des brevets protégeant l’invention, tout en réclamant des dommages-intérêts.

Une première décision favorable à l’inventeur

Par un jugement rendu le 14 juillet 2026, le Tribunal de commerce de Lomé a validé les principaux brevets de l’inventeur, retenu les qualifications de contrefaçon et de concurrence déloyale, condamné les défendeurs à verser 25 millions de FCFA de dommages et intérêts et ordonné la cessation de la commercialisation des produits jugés contrefaisants ainsi que leur confiscation et leur destruction.

Trois jours plus tard, les défendeurs ont interjeté appel devant la Cour d’appel de Lomé. Une ordonnance provisoire suspendant l’exécution du jugement a été accordée dans l’attente d’une audience contradictoire fixée au 28 août 2026.

La procédure est donc toujours en cours et la décision définitive appartient désormais à la Cour d’appel.

Un enjeu qui dépasse le seul litige

Au-delà de l’affrontement entre les deux parties, cette affaire relance le débat sur la protection de la propriété intellectuelle en Afrique francophone.

Elle pose notamment la question de l’efficacité des mécanismes de défense des innovations africaines face à la contrefaçon internationale et à la diffusion rapide de produits copiés via les plateformes de commerce en ligne.

Elle interroge également la capacité des États à accompagner les inventeurs locaux et à préserver les investissements industriels réalisés sur le continent.

Pour de nombreux observateurs, l’issue de cette procédure pourrait constituer un précédent important pour les entreprises innovantes de l’espace OAPI et, plus largement, pour le développement de l’industrie locale en Afrique de l’Ouest.

@Gapola

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