Présent en Guinée-Bissau au moment de la chute du président Umaro Sissoco Embaló, Oumar Thomson Belem, président de l’Institut Africa Solidarité (IAS) livre un témoignage rare et sans détour. Dans cet entretien exclusif avec Gopala, il revient sur les circonstances du putsch, l’implication supposée de l’opposition, l’inaction de la CEDEAO et les dangers qui, selon lui, guettent encore le pays. Lisez plutôt !
Gapola : Beaucoup d’Africains estiment que la situation en Guinée-Bissau n’était pas un vrai coup d’État. Quel est votre avis ?
Oumar Belem : Le coup d’État m’a trouvé en Guinée-Bissau. Et je peux confirmer que c’était bel et bien un vrai coup d’État.
Le mardi 26 novembre, le président Umaro Sissoco Embaló m’a personnellement appelé vers midi pour que je le rejoigne en toute discrétion au palais présidentiel. À mon arrivée, les militaires sénégalais de la garde présidentielle m’ont accueilli et conduit jusqu’à lui.
Dans le bureau présidentiel, il était réuni avec le CMGA, le ministre de l’Intérieur et d’autres membres du gouvernement. Il expliquait qu’il fallait attendre la proclamation officielle des résultats le jeudi, car, selon lui, l’opposition – notamment Ferdinand Dias et Domingo Pereira – avait un agenda caché et aurait fait venir des ressortissants nigériens pour manipuler les résultats.
Le lendemain, l’opposition s’est rendue à la Commission électorale pour récupérer de force les résultats. Les événements se sont accélérés : le président Embaló a été intercepté par le CMGA, le général Thomas Gassy, et le président de la CNE, le général Orta Inka. Ils l’ont conduit à l’état-major. Il était même prévu de l’exécuter, ce que le CMGA a refusé.
À 16h, le président m’a appelé pour me dire : « Mon frère, appelle partout, ils m’ont pris ». Plusieurs chefs d’État africains m’ont contacté ensuite pour comprendre la situation. Grâce à une intervention diplomatique, Embaló a finalement pu être exfiltré vers Dakar, puis conduit vers Brazzaville.
Donc oui, c’était un véritable coup d’État, malgré le fait qu’il ait encore eu accès à son téléphone — cela ne change rien. Même le président Bazoum au Niger avait conservé son téléphone pendant deux mois après sa destitution.
Embaló avait-il raison de se déclarer gagnant ?
Le président Embaló ne s’est pas déclaré gagnant. Ce sont les résultats provisoires de la Commission électorale qui lui donnaient 65 % des voix.
L’opposition, elle, affirmait le contraire, alors même que la campagne et la mobilisation populaire laissaient peu de doutes sur la dynamique favorable à Embaló.
Selon les informations dont je dispose, l’opposition avait fait venir des individus étrangers pour influer sur les résultats et a même subtilisé les vrais procès-verbaux à la Commission électorale. C’est à ce moment-là qu’il n’a plus été possible d’annoncer publiquement les résultats.
La rumeur dit que la CEDEAO veut intervenir pour rétablir Embaló. Prenez-vous cela au sérieux ?
Non, je n’y crois pas du tout. Cette rumeur est du « fake ».
La CEDEAO aurait dû intervenir le jour même du coup d’État, le 27 novembre, si elle voulait réellement agir. Ce n’est pas maintenant qu’elle le fera.
La CEDEAO traverse une crise profonde, marquée par un manque de solidarité interne. Elle risque même de disparaître à ce rythme.
Quelles sont les chances pour le président renversé d’être rétabli ?
Aucune. Embaló n’a aucune chance d’être rétabli dans ses fonctions dans le contexte actuel.
Cependant, s’il devait y avoir une nouvelle élection, il reste le candidat le plus populaire du pays. C’est l’un des rares dirigeants à avoir affronté les narcotrafiquants qui dominaient la Guinée-Bissau depuis des années.
Face à la recrudescence des coups d’État en Afrique de l’Ouest, quels conseils donner pour apaiser les institutions ?
Le principal problème est le manque de solidarité entre les chefs d’État africains.
Un chef d’État peut convoquer un sommet, envoyer des invitations, et personne ne vient. Cette absence de cohésion favorise les déstabilisations.
La Guinée-Bissau, malgré son petit nombre d’électeurs et un système électoral transparent, a été fragilisée par l’influence persistante des réseaux de narcotrafiquants. Tant que les États africains ne se soutiendront pas entre eux, les coups d’État continueront.
Votre mot de fin pour le peuple de Guinée-Bissau ?
Je demande au peuple bissau-guinéen de rester vigilant. Les réseaux de narcotrafic qui ont détruit le pays pendant des années cherchent à revenir.
Le président Embaló est l’un des rares dirigeants capables de tenir tête à ces groupes. Le peuple doit protéger son pays et empêcher que la Guinée-Bissau retombe entre les mains de ces réseaux criminels.
@Gapola







