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Togo : le budget 2026 adopté dans un contexte de ” navigation à vue “, selon le professeur Gogue

Rédigé par : Gapola

Le 31 décembre 2025, l’Assemblée nationale togolaise a adopté, comme le veut la tradition, la loi de finances pour l’année 2026. Mais derrière ce rituel institutionnel, certains observateurs s’interrogent sur la cohérence de l’orientation budgétaire du pays. L’universitaire et économiste, Prof Tchabouré Aimé Gogue estime que ce budget intervient dans un contexte marqué par l’absence de vision de développement claire et par plusieurs fragilités dans la gouvernance budgétaire.

Dans une analyse rendue publique, le président national de l’ADDI explique qu’il a, cette année, choisi de ne pas commenter en détail les chiffres du budget. Selon lui, plusieurs facteurs limitent la pertinence d’un tel exercice.

Il cite notamment une gouvernance « à vue », des délais législatifs parfois non respectés, l’absence du projet de loi de règlement, ainsi que des interrogations sur la fiabilité et la crédibilité des données budgétaires. À cela s’ajoutent, selon lui, des allocations budgétaires qui ne seraient pas toujours alignées sur des objectifs stratégiques clairement définis.

L’économiste souligne aussi l’importance du niveau d’endettement, même si, note-t-il, le pays respecterait toujours les critères de convergence fixés par l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA).

L’absence d’une vision à long terme

Pour le professeur Gogue, le principal problème réside dans l’absence de documents stratégiques de développement à moyen et long terme.

Selon lui, le budget annuel d’un État devrait normalement découler d’une vision de développement couvrant au moins une génération, complétée par des plans quinquennaux définissant les priorités et les ressources nécessaires.

Or, rappelle-t-il, si le Togo a connu par le passé des plans de développement à moyen terme, il ne disposerait toujours pas d’une véritable vision stratégique à long terme.

La Vision Togo 2030, initiée par l’économiste Kokou Nubukpo lorsqu’il était ministre de la Prospective, n’a pas été mise en œuvre. Quant au Plan National de Développement (PND), il a été remplacé par la Feuille de route gouvernementale 2020-2025, aujourd’hui arrivée à échéance.

Dans ces conditions, estime l’universitaire, la loi de finances 2026 « ne s’inscrit dans aucune perspective structurante de développement ».

La question de la définition des priorités

Le professeur Gogue insiste également sur la manière dont les priorités nationales devraient être définies.

Contrairement à la feuille de route gouvernementale, les plans de développement à moyen et long terme sont généralement élaborés à travers un processus plus inclusif, impliquant administration publique, secteur privé, collectivités locales, organisations de la société civile, centres de recherche et populations.

« Les priorités d’un gouvernement ou d’un chef de l’exécutif ne sont pas nécessairement celles de l’ensemble de la population », souligne-t-il.

Selon lui, l’absence de planification stratégique peut conduire à des arbitrages discutables. Il évoque par exemple le choix entre investir davantage dans l’enseignement général ou dans l’enseignement technique et professionnel, un débat qui pourrait avoir des conséquences importantes sur l’emploi et les compétences futures.

L’économiste interroge également certains choix budgétaires, notamment la répartition des ressources entre diplomatie, agriculture ou accès à l’eau.

Il cite notamment la situation de la ville de Kara, confrontée à des difficultés d’approvisionnement en eau potable, alors que des ressources importantes continueraient, selon lui, d’être consacrées aux déplacements internationaux des responsables politiques.

Pour lui, sans vision à long terme, les décisions prises pour répondre à des objectifs immédiats peuvent produire des effets négatifs sur le développement futur.

Une recommandation du Parlement

Pour illustrer l’importance d’une vision stratégique, le professeur Gogue évoque l’exemple de Singapour. Lors de son indépendance en 1965, rappelle-t-il, la cité-État était un territoire pauvre, sans ressources naturelles et confronté à de fortes tensions sociales.

Sous la direction du premier ministre Lee Kuan Yew, Singapour a néanmoins engagé une stratégie de développement à long terme fondée sur l’éducation, la discipline administrative et l’ouverture économique.

En l’espace de deux générations, le pays est devenu l’une des économies les plus prospères du monde.

Face à ces enjeux, l’Assemblée nationale togolaise a, selon le professeur Gogue, adopté une recommandation invitant le gouvernement à élaborer un plan de développement national.

Pour l’universitaire, une telle initiative est essentielle. Dans un pays où les besoins économiques et sociaux sont nombreux et les ressources limitées, estime-t-il, « naviguer à vue » pourrait compromettre les perspectives de développement à long terme.

Il indique enfin que les autres points soulevés dans son analyse — notamment la gouvernance budgétaire, la fiabilité des données et la question de la dette — seront développés dans de prochaines interventions.

@Gapola

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