Réunis du 3 au 6 juin dans la capitale malienne à l’occasion du Forum Panafricain des Médias (FoPAME 2026), des journalistes, responsables de médias, universitaires et experts du numérique venus de plusieurs pays africains ont adopté un texte baptisé « Appel de Bamako ». Au cœur de cette déclaration, la volonté de renforcer la souveraineté narrative, numérique et économique des médias africains face aux défis de la transformation technologique et de la mondialisation de l’information.
Les participants estiment que l’Afrique traverse une période décisive marquée par l’essor de l’intelligence artificielle, la montée en puissance des plateformes numériques et la multiplication des campagnes de désinformation. Selon eux, le continent doit désormais reprendre la maîtrise de son récit et réduire sa dépendance vis-à-vis des grands acteurs internationaux de l’information.
Dans leur déclaration finale, les signataires appellent à la construction d’une « narration africaine souveraine », capable de valoriser les réalités locales, les innovations, les cultures et les réussites du continent. Ils dénoncent les représentations qu’ils jugent réductrices d’une Afrique souvent présentée à travers les seuls prismes des crises et des conflits.
L’Appel de Bamako met également l’accent sur la souveraineté numérique. Les participants demandent aux États africains et au secteur privé d’investir dans des infrastructures technologiques propres au continent, notamment des centres de données, des plateformes de diffusion et des systèmes d’archivage. Ils plaident aussi pour la création de bases de données africaines afin de limiter la dépendance envers les grandes plateformes étrangères.
Autre priorité : la formation. Le texte recommande un renforcement des capacités des journalistes dans les domaines du numérique, de la cybersécurité, de la couverture des crises et de l’éducation aux médias. Les participants considèrent cette dernière comme un outil essentiel pour lutter contre la désinformation et les discours extrémistes.
Sur le plan économique, les professionnels des médias réunis à Bamako réclament la mise en place de mécanismes de financement durables et indépendants. Ils invitent également les investisseurs africains à soutenir davantage les entreprises de presse afin de préserver leur autonomie éditoriale.
La question de l’intelligence artificielle occupe également une place importante dans la déclaration. Les participants encouragent le développement de modèles d’IA conçus à partir de données africaines et adaptés aux réalités culturelles et linguistiques du continent. Ils alertent cependant sur les risques de biais algorithmiques et insistent sur la nécessité d’une utilisation éthique de ces technologies dans les rédactions.
Enfin, les signataires rappellent le rôle des médias dans la promotion de la paix et la lutte contre l’extrémisme. Ils estiment que les organes de presse ne doivent en aucun cas servir de relais aux discours de haine ou aux groupes terroristes, tout en préservant les principes de la liberté de la presse et du droit à l’information.
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