Le constat dressé par le V-Dem Institute est sévère. Dans son rapport 2026 sur l’état de la démocratie dans le monde, l’institut rattaché à l’Université de Göteborg classe le Togo parmi les autocraties électorales. Le pays figure surtout parmi les États dont le renforcement de l’autocratie contribue au recul démocratique observé en Afrique subsaharienne.
Le Togo est cité aux côtés de la République centrafricaine et du Mozambique. Pour V-Dem, le phénomène ne signifie pas que les élections ont disparu. Il signifie plutôt que l’existence d’élections ne suffit plus à garantir une véritable compétition politique, des contre-pouvoirs efficaces et la protection des libertés publiques.
L’institut suédois observe, à l’échelle mondiale, une progression continue des régimes autoritaires. Fin 2025, 92 pays étaient classés comme des autocraties, contre 87 démocraties. Selon V-Dem, près des trois quarts de la population mondiale vivaient alors sous un régime autocratique.
Une évolution qui concerne directement le Togo
Dans le cas togolais, le rapport intervient dans un contexte de profond changement institutionnel.
La réforme constitutionnelle adoptée en 2024 a instauré une nouvelle architecture politique, avec un régime parlementaire. Faure Gnassingbé, après avoir quitté la présidence de la République, est devenu président du Conseil, avec un rôle central dans l’exécutif.
Cette transformation a suscité de vives critiques de la part de l’opposition et d’organisations de la société civile.
En juin 2026, la Cour de justice de la CEDEAO a elle-même estimé que la réforme constitutionnelle togolaise était contraire à certains principes démocratiques consacrés par les textes communautaires et africains.
L’institut ne réduit pas la démocratie à l’organisation périodique d’élections. Il examine également la liberté d’expression, l’État de droit, les contre-pouvoirs, la participation politique et la capacité des citoyens à contrôler leurs dirigeants.
Le Togo est ainsi classé dans la catégorie des « Electoral Autocracies », ou autocraties électorales. Cette catégorie désigne des systèmes dans lesquels les élections existent, mais où les conditions permettant une compétition démocratique pleine et entière sont insuffisantes.
Le diagnostic est donc moins celui d’une disparition des institutions électorales que celui d’un affaiblissement progressif de leur capacité à produire une véritable alternance et à limiter le pouvoir exécutif.
Une alerte pour l’Afrique de l’Ouest
Le cas togolais s’inscrit dans une tendance régionale plus large. V-Dem estime que l’Afrique subsaharienne a connu un recul important de ses acquis démocratiques. Une partie croissante de la population de la région vit désormais sous des régimes considérés comme autocratiques.
Pour le Togo, l’enjeu dépasse donc la seule question du classement international. Il touche au fonctionnement concret des institutions : quelle place pour l’opposition ? Quelle indépendance pour la justice ? Quelle liberté pour les médias et la société civile ? Et surtout, quels mécanismes permettent aux citoyens de demander des comptes aux dirigeants ?
Le paradoxe est là : le Togo conserve les institutions et les procédures d’un État électoral, tout en étant classé par V-Dem parmi les autocraties électorales.
Une situation qui rappelle que, pour les chercheurs de l’institut, la démocratie ne se résume pas au jour du scrutin.
Le véritable indicateur est aussi la capacité d’un système politique à garantir la pluralité, la liberté d’expression, l’indépendance des institutions et l’existence de véritables contre-pouvoirs.
Pour V-Dem, le Togo fait aujourd’hui partie des pays où cette architecture démocratique apparaît particulièrement fragilisée.
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