L’Observatoire des Droits Humains et VIH a présenté vendredi 6 mars 2026, à Lomé au Secrétariat Permanent du Conseil National de Lutte contre le Sida et les Infections Sexuellement Transmissibles (SP/CNLS-IST), son rapport annuel 2025. Consacré à la situation des droits humains des personnes vivant avec le VIH, la publication dudit rapport s’inscrit dans le cadre de la célébration de la Journée Zéro Discrimination, commémorée chaque 1er mars, à l’initiative de l’ONUSIDA.
Placée sous le thème : « Les personnes d’abord », la célébration de la Journée Zéro Discrimination a été l’occasion d’inviter les décideurs à placer l’être humain au cœur des politiques publiques et à rappeler que la dignité humaine n’est pas négociable.
Mobilisant la coordinatrice résidente du Système des Nations Unies au Togo, Coumba D. Sow, des représentants d’institutions nationales, notamment du SP/CNLS-IST, des organisations de la société civile engagées dans la riposte au VIH, ainsi que des professionnels du droit, dont des avocats, la rencontre a permis de présenter les principales conclusions du rapport annuel 2025 de l’Observatoire des Droits Humains et VIH.
Présenté par RAS+ Togo, il met en lumière les efforts déployés pour documenter, prévenir et traiter les cas de violations des droits humains liés au VIH. Il souligne également la nécessité de renforcer les actions de sensibilisation ainsi que les mécanismes d’accompagnement des personnes vivant avec le VIH, à travers le dispositif de suivi communautaire appelé Community Led Monitoring (CLM).
Selon les données de l’Enquete de l’Index de Stigmatisation des PVVIH, 2021, les cas de stigmatisation et de discrimination sont à la baisse depuis 2021. Toutefois, certaines catégories de la population restent particulièrement touchées.
Les femmes paient le plus lourd tribut, représentant environ 78 % des cas recensés. Des adolescents âgés de 10 à 14 ans ainsi que les jeunes adultes de plus de 25 ans figurent également parmi les groupes les plus affectés.
Au total, 189 cas de stigmatisation et de discrimination ont été documentés durant la période considérée. La répartition géographique montre des disparités entre les régions, avec une proportion importante de cas recensés dans le Grand Lomé, tandis que d’autres régions, notamment celle des Savanes, enregistrent également des signalements.
Le rapport révèle par ailleurs que plus de 70 à 80 % des cas de stigmatisation proviennent de l’environnement social immédiat, notamment au sein de la famille, de la communauté ou du milieu professionnel. Au Togo, 33,6 % des personnes vivant avec le VIH déclarent avoir subi des remarques discriminatoires de la part de membres de leur famille, dont 14,7 % au cours des douze derniers mois. En outre, 34 % des personnes interrogées estiment que leur confiance en elles a été affectée par leur statut sérologique.
Lors de la présentation, certains témoignages ont illustré ces réalités, notamment celui d’une jeune apprentie coiffeuse de 20 ans ayant subi des actes de stigmatisation dans son entourage familial et social.
Face à ces situations, les organisations communautaires jouent un rôle essentiel dans la lutte contre les discriminations. Les bénévoles de RAS+ Togo interviennent sur le terrain pour documenter les cas, accompagner les victimes et faciliter la médiation auprès des chefs traditionnels, des leaders religieux, des forces de sécurité et des autorités judiciaires afin que les personnes concernées puissent faire valoir leurs droits.
Au cours de l’année 2025, l’observatoire a intensifié ses actions de formation, de sensibilisation et de collecte de données.
Les capacités de 100 bénévoles actifs ont été renforcées, portant à 250 le nombre total de volontaires engagés dans le suivi communautaire.
Par ailleurs, 30 personnes ressources, notamment des magistrats et des agents des forces de sécurité, ont bénéficié de formations sur les enjeux liés au VIH, le cadre juridique de protection des droits humains et leur rôle dans la protection des personnes vivant avec le VIH.
Les activités de sensibilisation menées dans les structures sanitaires et au sein des communautés ont permis de toucher plus de 44 523 personnes, autour des thématiques liées aux droits humains, à l’égalité et à la lutte contre la discrimination.
« La discrimination fragilise les droits humains, décourage le dépistage et l’accès aux soins et compromet les progrès réalisés dans la lutte contre le sida », a expliqué Angèle Akouavi Maboudou, responsable du programme ONUSIDA,
Selon elle, mettre fin à la discrimination est une condition indispensable pour atteindre les objectifs internationaux dits 95-95-95, qui visent à faire en sorte que 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, que 95 % des personnes diagnostiquées aient accès au traitement antirétroviral et que 95 % des personnes sous traitement parviennent à une suppression de la charge virale.
Saluant les efforts déployés par le Togo dans la lutte contre le VIH et la promotion des droits humains, les partenaires techniques et financiers du Togo, notamment le Système des Nations Unies ont réaffirmé leur engagement à accompagner le gouvernement et la société civile afin de renforcer les mécanismes de protection juridique et soutenir les initiatives communautaires.
Pour l’ensemble des acteurs, la lutte contre le VIH ne peut se limiter à l’accès aux médicaments. Elle passe également par la promotion de la justice sociale, de l’égalité et du respect de la dignité humaine.
L’ambition demeurant claire : atteindre l’objectif mondial fixé à 2030, qui vise à mettre fin à l’épidémie de VIH comme menace de santé publique, autour de trois priorités majeures : zéro nouvelle infection, zéro décès lié au sida et zéro discrimination, les acteurs ont insisté sur une conviction partagée : placer les personnes au centre de la réponse reste la clé pour construire une société plus inclusive, solidaire et respectueuse des droits de chacun.
Nicole MLAGA





