L’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) hausse le ton contre la réforme constitutionnelle du 6 mai 2024. Dans une déclaration signée par son président Jean-Pierre Fabre, le principal parti d’opposition dénonce une « confiscation du pouvoir » orchestrée autour de Faure Gnassingbé, après la publication d’un texte du juriste et ancien ministre Christian Trimua consacré au « césarisme dans le régime parlementaire togolais ».
Dans ce document, l’ANC estime que l’analyse de Christian Trimua ne constitue moins une étude scientifique qu’une entreprise de justification théorique d’une confiscation du pouvoir politique au Togo. Le parti reproche à l’ancien ministre de reconnaître lui-même que la nouvelle Constitution organise « la prééminence durable de l’exécutif » et réduit les contre-pouvoirs institutionnels.
Pour l’opposition, ces aveux confirment ce qu’elle dénonce depuis plusieurs mois : le passage au régime parlementaire ne viserait pas à renforcer la démocratie, mais à consolider le pouvoir autour d’un seul homme.
« Cette Constitution n’est pas née d’une aspiration nationale ; elle est née d’un calcul de conservation du pouvoir », affirme le texte.
L’ANC insiste également sur l’absence de consultation populaire avant l’adoption de la réforme. Aucun référendum ni débat national inclusif n’aurait accompagné ce changement majeur des institutions togolaises.
« Une logique de monarchie républicaine »
Dans sa déclaration, Jean-Pierre Fabre s’appuie sur les propres formulations de Christian Trimua, notamment lorsque celui-ci évoque un « césarisme dans le régime parlementaire » et une « logique de monarchie républicaine ».
Le parti d’opposition juge particulièrement inquiétante la référence à Jules César pour défendre la nouvelle architecture institutionnelle du Togo.
« Lorsqu’un juriste explique qu’une Constitution sert principalement à légitimer la concentration du pouvoir, il cesse de défendre l’État de droit pour entrer dans la justification théorique de l’autoritarisme », écrit l’ANC.
Dans l’un des passages les plus offensifs du communiqué, Jean-Pierre Fabre détourne la célèbre formule attribuée aux gladiateurs romains : « “Ave Faure Gnassingbé, le peuple togolais qui se meurt, te salue” ». Plus loin, il accuse le régime de vouloir imposer « une présidentialisation absolue dissimulée sous une terminologie parlementaire ».
Le président de l’ANC affirme également que le futur « président du Conseil » concentrerait l’essentiel des leviers du pouvoir : direction du gouvernement, contrôle de la majorité parlementaire et autorité militaire.
L’ANC rejette « l’autoritarisme constitutionnel »
L’opposition critique aussi la tentative de justifier cette concentration du pouvoir au nom d’un supposé « ethno-constitutionnalisme africain ». Pour l’ANC, il est « dangereux » de faire croire que les exigences démocratiques seraient étrangères aux réalités africaines.
« Les peuples africains aspirent, comme tous les peuples du monde, à la liberté, à l’alternance et au respect du suffrage universel », soutient le communiqué, qui rappelle que plusieurs régimes africains ont déjà utilisé cet argument pour légitimer des présidences à vie ou des successions dynastiques.
De même, M. Fabre attaque frontalement la thèse défendue par Christian Trimua, qualifiée de « farfelue ». « “Le césarisme est au parlementarisme démocratique ce que l’huile est à l’eau. Ils ne se mélangent pas” », affirme-t-il encore.
Par ailleurs, l’ANC rappelle une ancienne déclaration de Christian Trimua selon laquelle Faure Gnassingbé aurait hérité en 2005 d’un pays « socialement délabré » après les décennies de règne de son père, Gnassingbé Eyadéma.
@Gapola





